Fermée depuis 2023, la frontière entre le Bénin et le Niger a fait perdre beaucoup d’argent à l’État nigérien. Le FMI parle de 117 milliards de francs CFA de recettes en moins rien qu’en 2024. Aujourd’hui, les deux pays discutent enfin d’une réouverture, mais les négociations avancent doucement.
La fermeture de la frontière entre le Niger et le Bénin a un coût, et il est élevé. Selon le Fonds monétaire international, l’État nigérien n’a pas pu encaisser 117 milliards de francs CFA de recettes en 2024, à cause de cette situation. Selon Jeune Afrique, les caisses publiques avaient prévu 773,1 milliards de francs CFA, mais seuls 656,1 milliards sont finalement rentrés. Cette perte s’explique simplement : sans passage à la frontière, il n’y a plus de droits de douane, plus de TVA sur ce qui entre dans le pays, ni de taxes sur les marchandises transportées. Il faut dire que le Niger, pays sans accès à la mer, dépendait énormément de cette route.
Avant la crise, entre 70 et 80 % de ce que le pays importait passait par le port de Cotonou. Depuis la fermeture, les entreprises nigériennes ont dû changer leurs habitudes. Les marchandises passent désormais par le Togo ou le Nigeria. Ces solutions évitent le pire, mais elles reviennent plus cher et prennent plus de temps. Un secteur, en revanche, n’a jamais été touché : le pétrole. L’oléoduc qui relie le champ pétrolier d’Agadem, au Niger, jusqu’au terminal de Sèmè-Kpodji, au Bénin, a continué de fonctionner sans interruption.
Il a rapporté plus de 1 140 milliards de francs CFA au Niger en 2025. Mais la production reste en dessous des objectifs, à cause de désaccords avec l’exploitant chinois CNPC et d’attaques régulières contre le pipeline. Même le matériel destiné à ce champ pétrolier a été touché. Certains équipements, qui passaient auparavant par Cotonou, ont dû arriver par d’autres voies, parfois par avion, ce qui coûte plus cher.
Les recettes douanières se sont un peu redressées en 2025, à 187 milliards de francs CFA, contre 144,4 milliards l’année d’avant. Mais l’objectif de 223 milliards n’a pas été atteint. Du côté diplomatique, les choses commencent à bouger. Le nouveau président béninois Romuald Wadagni s’est rendu à Niamey le 2 juin 2026, quelques jours seulement après son investiture, pour rencontrer le chef de la junte nigérienne, le général Abdourahamane Tiani. Cette visite a débouché sur un accord en neuf points, avec la création d’un comité d’experts chargé d’étudier les conditions d’une réouverture progressive de la frontière.
Ce comité s’est réuni à plusieurs reprises depuis. Le 16 juin, un communiqué conjoint a confirmé les premières avancées techniques. Puis, le 20 juin à Cotonou, une délégation nigérienne conduite par le général Mohamed Toumba, ministre de l’Intérieur du Niger, a rencontré les responsables béninois. Niamey a toutefois posé des conditions claires avant toute réouverture complète : la signature d’un accord de défense et d’un accord de sécurité garantissant que ni l’un ni l’autre pays n’utilisera son territoire contre son voisin.
Pour l’instant, la frontière reste fermée. Mais les discussions se poursuivent, et les acteurs économiques des deux côtés espèrent une réouverture qui allégerait les coûts de transport et redonnerait un vrai souffle au commerce entre les deux pays.











