Rencontre Patrice Talon-Boni Yayi : et si c’était trop tard ?

Au lendemain d’une décision défavorable de la Cour constitutionnelle pour son parti Les Démocrates, Boni Yayi a été reçu ce vendredi 24 octobre 2025 au..

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Au lendemain d’une décision défavorable de la Cour constitutionnelle pour son parti Les Démocrates, Boni Yayi a été reçu ce vendredi 24 octobre 2025 au palais de la Marina par Patrice Talon. Présentée comme l’ultime occasion pour désamorcer la tension qui couve, cette rencontre cristallise toutes les attentions dans le rang de l’opposition. Mais à dire vrai, ce tête-à-tête peut-il réellement changer le destin du parti ?

Le rendez-vous de ce vendredi entre Boni Yayi et Patrice Talon intervient dans un climat de désespoir chez les militants de l’opposition au Bénin. Car, la veille, la Cour constitutionnelle, par la voix de son président Dorothé Sossa, s’est déclarée « incompétente en l’état » à statuer sur les recours des proches des Démocrates concernant l’annulation du parrainage du député Michel Sodjinou, l’un des leurs. Cette décision a eu l’effet d’un coup de massue. Parce qu’avec seulement 27 parrainages validés sur les 28 exigés par le code électoral, le duo Agbodjo–Lodjou ne satisfait plus aux conditions requises pour participer à la présidentielle de 2026. Pour le parti dirigé par Boni Yayi, la messe semble dite, du moins juridiquement. Mais en politique, tout n’est jamais figé. C’est pourquoi l’annonce d’une rencontre entre les présidents Patrice Talon et Boni Yayi a ravivé l’espoir d’un règlement politique là où le droit a semblé trancher sans appel. « C’est dans le dialogue que nous pourrons organiser des élections générales inclusives, transparentes et paisibles », a écrit Boni Yayi dans son communiqué, confirmant la rencontre avec son successeur. En se prêtant à cet exercice, les deux hommes donnent l’impression qu’ils peuvent recourir à un « gentlemen’s agreement » aux fins de prouver à tous que le Bénin dépasse leur guéguerre interpersonnelle. Toutefois, derrière cette volonté affichée de dialogue, se cache un enjeu politique majeur. Pour le Président Patrice Talon, l’ouverture d’un canal direct avec son prédécesseur Boni Yayi, peut être interprétée comme un geste d’apaisement, utile à la veille d’un scrutin pour lequel l’opposition croit dur en des chances d’inverser la tendance pour une alternative au sommet de l’État alors que la mouvance, obsédée par la poursuite des grands chantiers chante en chœur « la continuité ». Pour Boni Yayi, désormais opposé à son ami d’hier, il faut à tout prix gagner cet ultime combat. Conséquence, il jouera des coudes pour sauver son parti au bord de l’élimination de la course à la Marina. Plus qu’une ouverture, un geste d’apaisement Mais les rapports de force restent déséquilibrés faut-il souligner. La CENA, la justice et la Cour constitutionnelle, ont déjà verrouillé le processus. Dès lors, seul un compromis politique, voire un geste d’ouverture du pouvoir, pourrait rouvrir le jeu et donner une main secourable à l’opposition. Conscient, Boni Yayi sait qu’il faille faire l’âne pour avoir le foin. Ayant de marge de manœuvres très réduites, il s’est empressé de se rendre au palais de la Marina ce vendredi. Le calendrier électoral est en cours, les décisions de la Cour constitutionnelle sont exécutoires et la CENA poursuit ses travaux sans accroc. Modifier les règles du jeu ou accorder un délai supplémentaire aux Démocrates supposerait un consensus national et une interprétation souple des normes électorales, un scénario peu probant dans le contexte actuel. Ce qui reste possible, en revanche, c’est un engagement de Talon à garantir un climat apaisé, une relecture post-électorale du code électoral, ou même un geste politique de conciliation à l’égard de Boni Yayi et de son camp. En définitive, la rencontre Yayi–Talon ressemble davantage à une tentative de décrispation qu’à un repêchage des Démocrates. Elle vise à calmer le jeu, à préserver la paix sociale et convaincre plus d’un de ce que les Béninois dos au mur, savent se surpasser pour vaincre le démon de la division et conjurer le phénomène « waxala ». Mais sur le plan strictement électoral, rien n’indique que cette entrevue changera la donne. Le sort en est jeté comme le disent les Latins « Alea jacta est » pour Les Démocrates malheureusement. Si la poignée de main entre Yayi et Talon pouvait suffire à redéfinir le paysage politique, le Bénin n’aurait sans doute pas besoin d’un code électoral si corsé selon les acteurs politiques pour ces élection de 2026. C’est dire que la rencontre de ce matin, certes historique, apparaît donc moins comme celle qui remettra l’opposition en selle.

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