Au Kenya, le vice-président Rigathi Gachagua a été destitué tard dans la nuit de jeudi, après plusieurs mois de conflit avec le président William Ruto. Il devient ainsi le premier vice-président à être écarté du pouvoir dans le cadre de la procédure prévue par la Constitution de 2010.
Alors qu’il suffisait à la chambre haute de le déclarer coupable d’un seul chef d’accusation pour le démettre de ses fonctions, Rigathi Gachagua a été reconnu coupable par les sénateurs de cinq des onze charges retenues contre lui. Il était accusé, entre autres, de détournement de fonds, de trafic d’influence, d’acquisitions frauduleuses d’hôtels et d’appartements, de corruption et d’abus de pouvoir. Le vice-président a qualifié ces accusations de « pure propagande » et de « complot visant à l’évincer pour des raisons politiques ». Rigathi Gachagua a tenté de s’opposer aux débats et au vote des sénateurs, mais sans succès. Ses recours ont été rejetés par la justice. Toutefois, il a promis de se battre « jusqu’au bout » et de contester la destitution devant les tribunaux si elle était votée. Bien qu’il ait assisté à l’ouverture des audiences jeudi matin, il n’est pas revenu après la pause déjeuner pour se défendre avant le vote de la chambre haute. L’un de ses avocats a annoncé qu’il était tombé malade et avait été hospitalisé. Selon Dan Gikonyo, cardiologue en chef de l’hôpital de Karen, en banlieue de Nairobi, « il est arrivé avec de fortes douleurs thoraciques ». Le médecin a précisé aux journalistes que son état était stable, mais qu’il resterait en observation entre 48 et 72 heures. La requête de ses avocats pour reporter le vote au mardi 22 octobre 2024, afin de lui donner une chance de se défendre, a été rejetée. Ils ont alors décidé de quitter la salle et n’ont pas assisté à la destitution de leur client. Rigathi Gachagua avait été colistier de William Ruto lors de la présidentielle de 2022, malgré un passé entaché par plusieurs accusations de corruption. Son influence dans la région stratégique du Mont Kenya avait permis au président élu de battre son adversaire, Raila Odinga (50,49 % contre 48,85 %). Une collaboration difficile au sommet de l’État Les relations entre Rigathi Gachagua et William Ruto se sont détériorées à la suite du mouvement de contestation antigouvernementale qui a secoué le pays en juin et juillet. Le vice-président est reproché de ne pas avoir soutenu le chef de l’État face aux manifestations, qui réclamaient sa démission et dont la répression a fait au moins 60 morts. Sa destitution dans la nuit de jeudi suscite des réactions diverses au sein de la classe politique kényane. Aaron Cheruiyot, chef de la majorité présidentielle, estime qu’il « n’y a pas d’autre remède que la destitution, selon la Constitution, pour résoudre les tensions politiques entre le président et son vice-président ». De son côté, le sénateur Karungo Thangwa déplore la décision de voter en l’absence de l’accusé, qui n’a pas eu la possibilité de se défendre. « La question que nous nous posons est : quelle était l’urgence ? Nous avions encore vendredi, voire samedi. Pourquoi vouloir en finir aujourd’hui, en pleine nuit, et en l’absence du vice-président, qui est l’accusé ? C’est un jour triste pour notre pays », a-t-il déclaré. Après la destitution de Rigathi Gachagua, le président William Ruto dispose désormais de 14 jours pour présenter un nouveau vice-président, qui devra ensuite obtenir la confiance du Parlement.















