Bénin : D’opposants au régime, ils sont tous revenus à la rivière

Le landerneau politique béninois fait sa mue à l’orée du départ du président Patrice Talon de la Marina. Et pour cause, des « opposants supposés..

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Bénin : D'opposants au régime, ils sont tous revenus à la rivière
Le landerneau politique béninois fait sa mue à l’orée du départ du président Patrice Talon de la Marina. Et pour cause, des « opposants supposés », ont récemment déclaré leur flamme au nouveau président élu, Romuald Wadagni. Désormais, ils sont tous allés à la rivière.
L’opposition au Bénin se réduit en peau de chagrin avec les dernières déclarations en amont et après la présidentielle du 12 avril. Apollinaire Avognon du parti Nouvelle Force Nationale (NFN), Expérience Tèbè du Mouvement Populaire de Libération (MPL), Vissétogbé Guédou de Grande Solidarité Républicaine (GSR), sans oublier le dernier des Mohicans, Paul Hounkpè de la Force Cauris pour un Bénin Émergent (FCBE), ont décidé contre toute attente de s’inféoder au futur régime. Et pourtant…
Apollinaire Avognon
Président du parti Nouvelle Force Nationale (NFN), créé le 12 janvier 2019 et dont le souci était de défendre les intérêts du peuple, notamment des jeunes et des femmes, ce parti et son leader n’ont jamais pu faire élire un responsable au plan politique à quelque niveau que ce soit. Embarqué aux côtés des opposants, surtout après la création du Cadre de concertation de l’opposition, le dimanche 10 novembre 2024, M. Avognon a cru en l’alternance au sommet de l’État. Mais seulement, son rêve, porté par le mouvement « Etchiko », qui d’ailleurs n’a jamais pris, a été brisé. Notamment dans la nuit du mercredi 2 avril 2025 après son arrestation suivie de sa garde à vue à la Brigade économique et financière (BEF).
Poursuivi pour harcèlement par le biais d’une communication électronique, il a dû jeter le manche après la cognée. De guerre lasse, en effet, M. Avognon va déclarer son soutien au candidat Romuald Wadagni, devenu président du Bénin selon les résultats proclamés le jeudi 23 avril 2026 par la Cour constitutionnelle.
Grande Solidarité Républicaine (GSR)
Antoine Guédou Vissétogbé et son parti Grande Solidarité Républicaine (GSR) n’ont existé que de nom. Dans un environnement politique verrouillé à l’avènement du système partisan, le parti a éprouvé toutes les peines à se frayer un passage.
La dernière tentative pour justifier son existence sur l’échiquier politique national a été celle où le président Guédou a voulu se présenter à l’élection présidentielle d’avril 2026. Mais, sans aller plus loin, la Commission électorale nationale autonome (CENA) a barré la route au prétendant au douillet fauteuil de la Marina.
Expérience Tèbè
Très critiqué par l’ancien président Sabi Korogone (NDLR recherché par la justice) du parti MPL dont il a hérité, Expérience Tèbè n’a jamais eu bonne presse si on s’en tient aux commentaires dans l’opinion. Présenté à tort ou à raison comme une personnalité qui ne rassurait pas au sein de l’opposition, il a tenté de confondre ses détracteurs via des sorties critiques à l’endroit du régime de la Rupture, aux côtés de ceux qui ne parlent pas le même langage que la mouvance. Mais le masque, diront ses pourfendeurs, est tombé le 15 novembre au terme d’un Conseil national à l’issue duquel son parti MPL a ouvertement déclaré son soutien à Romuald Wadagni.
Pire, il a claqué la porte du Cadre de concertation des partis de l’opposition bien avant ladite déclaration.
Paul Hounkpè
Candidat à la présidentielle d’avril dernier, on pouvait lui donner le bon dieu sans confession. Tellement son discours de campagne a épousé les idéaux d’un vrai opposant, prêt à délivrer son peuple en souffrance. Sauf qu’entre les résultats des urnes et le discours d’opposant, l’écart était abyssal. Plus surprenant, il a démissionné de la tête de son parti le 28 avril 2026. Contre toute attente, en dépit de son départ de la Force Cauris pour un Bénin Émergent (FCBE), il a assisté au Conseil national de sa formation politique le samedi 9 mai.
Pour beaucoup, on peut comprendre son départ, mais il est incompréhensible qu’il continue, au lendemain de sa démission, à prendre part au Conseil national du parti. Ceux qui s’inscrivent dans cette logique ont pris pour exemple, l’ancien président Boni Yayi qui, au lendemain de son départ de la tête du parti Les Démocrates (LD), a fait de la place à d’autres. « Je suis parti mais je reste avec vous », a déclaré l’ancien ministre de la Culture Paul Hounkpè lors de sa présence au Conseil national du parti. Une attitude plus ou moins confuse. Cerise sur le gâteau, son parti va déclarer son soutien à Romuald Wadagni et se dire disposé à travailler avec le successeur élu de Patrice Talon.
L’estampille d’opposant-mouvancier qui collait à la peau des dirigeants de la FCBE prend de l’épaisseur depuis la signature d’un accord de gouvernance entre l’ancienne formation de Boni Yayi et les partis de la mouvance.
Qu’à cela ne tienne ! L’opposition au Bénin est juste devenue une « incantation ». Car, dans la réalité, le vrai dindon de la farce reste, jusqu’à preuve du contraire, le peuple, endoctriné enroulé via des manœuvres dolosives des politiciens.
Eric Houndété
Eric Houndété, ancien vice-président de l’Assemblée nationale, est coutumier du fait. Auparavant pourfendeur de Boni Yayi et de son régime, il a changé de cible depuis l’avènement de la Rupture. Au cours de ses différentes sorties, ces dix dernières années, il n’a raté à aucun moment le président Patrice Talon et son régime.
Pourtant étiqueté comme un proche du pouvoir, il a toujours justifié, à son corps défendant, son « rôle de défenseur » du peuple. Ce qui se disait tout bas à propos de lui a été révélé le jeudi 26 mars lorsqu’il a appelé à voter pour le duo Wadagni-Talata au nom de son fameux « pacte républicain ».
Chabi Yayi
Naguère secrétaire chargé des relations extérieures au sein du parti Les Démocrates, Chabi Yayi a étonnamment démissionné le même jour presque que son père, Boni Yayi. Ceci, après des va-et-vient à la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET). Gardé à vue au lendemain du coup d’État déjoué du 7 décembre 2025, le fils de l’ancien président de la République a été aperçu en pleine campagne électorale le mardi 24 mars dans le département du Couffo.
Aux côtés du candidat élu plus tard président de la République, il a changé de couleurs. Peut-être que bientôt, il va adhérer au BR ou à l’UP-R, deux formations politiques soutenant le régime.

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