Tribune de CHA : « la mue, grandir sans cesser d’être soi »

Cher.e.s amis, Un enfant observe avec curiosité un serpent qui se frotte longuement contre un rocher. Intrigué, il demande à son grand-père pourquoi l’animal semble vouloir se débarrasser de sa propre peau. Le vieil homme lui répond avec un sourire empreint de sagesse : « Parce que cette peau est devenue trop étroite pour lui.…

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Cher.e.s amis,

Un enfant observe avec curiosité un serpent qui se frotte longuement contre un rocher. Intrigué, il demande à son grand-père pourquoi l’animal semble vouloir se débarrasser de sa propre peau. Le vieil homme lui répond avec un sourire empreint de sagesse : « Parce que cette peau est devenue trop étroite pour lui. S’il s’y accroche, il cessera de grandir. Pour continuer sa route, il doit accepter de quitter ce qui lui a pourtant servi pendant longtemps. »

L’enfant reste silencieux quelques instants avant de poser une seconde question : « Les hommes aussi font-ils leur mue ? »

Le grand-père baisse les yeux, esquisse un sourire et répond doucement  « Oui… mais c’est souvent beaucoup plus difficile. Car les animaux abandonnent naturellement ce qui les empêche de grandir, tandis que les hommes s’attachent parfois toute leur vie à leurs blessures, à leurs habitudes, à leur orgueil, à leurs peurs ou à leur passé, sans comprendre que ce sont justement ces vieilles peaux qui étouffent leur avenir. »

Cette conversation imaginaire résume peut-être l’un des plus grands défis de l’existence humaine : avoir le courage de quitter ce que nous avons été pour devenir pleinement ce que nous sommes appelés à être.

« Le plus grand obstacle à notre destinée n’est pas ce que nous avons vécu, mais ce que nous refusons encore de quitter. Car celui qui s’attache obstinément à l’homme qu’il était hier empêche celui qu’il est appelé à devenir de naître. »

Une fois encoRe, la Providence nous accorde le privilège d’ouvrir une nouvelle page de notre existence. Le mois de juillet s’incline avec la discrétion des saisons accomplies. Il emporte dans son sillage nos joies qui ont illuminé nos journées, nos épreuves qui ont fortifié notre caractère, nos déceptions qui ont affiné notre discernement et toutes ces leçons silencieuses qui façonnent les grandes destinées. Si nous sommes encore debout aujourd’hui, ce n’est pas parce que le chemin fut sans obstacles, mais parce que Dieu, dans sa fidélité, a soutenu chacun de nos pas lorsque nos forces semblaient nous abandonner. Il nous a relevés dans nos découragements, éclairés dans nos incertitudes et portés lorsque nous pensions ne plus pouvoir avancer.

À présent, juillet referme son livre tandis que le mois d’août  entrouvre le sien. Entre ces deux chapitres de notre histoire, une question mérite d’habiter notre conscience : avons-nous réellement grandi ou nous sommes-nous simplement contentés de vieillir ? Car le temps, à lui seul, ne transforme personne. Les années blanchissent les cheveux, mais elles ne font pas nécessairement mûrir les cœurs. La véritable croissance est une conquête intérieure. C’est cette vérité qui inspire notre réflexion de la semaine : la mue.

La mue est ce phénomène extraordinaire par lequel un être vivant abandonne une enveloppe devenue trop étroite pour poursuivre son développement. Ce que la nature accomplit avec une admirable simplicité, l’être humain est appelé à le vivre dans les profondeurs de son âme. Nous aussi devons parfois quitter une « vieille peau » devenue incapable de contenir la personne que Dieu nous appelle à devenir. Cette vieille peau peut prendre mille visages : une peur qui paralyse depuis des années, une rancune qui empoisonne le cœur, un orgueil qui isole, une habitude qui nous enferme, une blessure que nous continuons de confondre avec notre identité ou encore un échec auquel nous avons fini par donner plus de pouvoir qu’à notre avenir. Comme l’écrivait Carl Gustav Jung : « Celui qui regarde à l’extérieur rêve ; celui qui regarde à l’intérieur s’éveille. » Toute transformation véritable commence par cette rencontre courageuse avec soi-même, lorsque l’on cesse d’accuser le monde pour accepter de travailler sur sa propre personne.

Faire sa mue n’a jamais été confortable. Le serpent abandonne sa peau parce qu’elle l’empêche de grandir. L’aigle renouvelle son plumage afin de retrouver toute sa puissance de vol. La chenille accepte de disparaître sous la forme que tout le monde connaissait pour renaître papillon. Aucune de ces métamorphoses ne se produit sans inconfort. Toute renaissance exige un renoncement. Il en est exactement de même pour l’être humain. Chaque existence connaît un moment où il devient indispensable de renoncer à certaines habitudes, de prendre ses distances avec certaines fréquentations, de remettre en question certaines certitudes, voire de tourner la page de certaines histoires qui ne produisent plus que souffrance et immobilisme. Grandir exige parfois le courage de perdre une partie de soi afin de sauver l’essentiel de sa destinée.

Mais la mue n’est jamais un reniement. Elle ne consiste pas à renoncer à ses valeurs ni à effacer son identité. Bien au contraire, elle consiste à retirer tout ce qui empêche nos valeurs de rayonner pleinement. On peut devenir plus humble sans perdre sa dignité, plus patient sans perdre sa fermeté, plus fort sans perdre sa tendresse et plus influent sans perdre sa simplicité. La véritable évolution ne détruit pas l’homme ; elle révèle enfin le meilleur de lui-même.

Nos familles seraient profondément transformées si chacun acceptait d’entreprendre sa propre mue intérieure : un père qui remplace l’autorité brutale par une autorité éclairée, une mère qui transforme son inquiétude permanente en confiance éducative, un enfant qui découvre que le respect est la première preuve de maturité, un conjoint qui apprend à écouter avant de répondre, un responsable qui comprend que gouverner commence toujours par savoir entendre. Les grandes réconciliations naissent rarement de grands discours ; elles commencent presque toujours par une petite révolution silencieuse dans le cœur d’une seule personne.

Nos communautés, elles aussi, sont appelées à faire leur mue. Nous rêvons de développement tout en conservant des comportements qui entretiennent le sous-développement. Nous réclamons davantage de justice sans toujours pratiquer l’équité. Nous exigeons des dirigeants exemplaires sans nous demander si nous sommes nous-mêmes des citoyens exemplaires. Or, une nation ne change durablement que lorsque la transformation collective commence dans la conscience individuelle. Comme le rappelait Mahatma Gandhi : « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde. »

L’histoire de l’humanité est d’ailleurs une succession de mues extraordinaires. Malala Yousafzai a refusé que la violence définisse son avenir et a transformé une tragédie personnelle en un combat universel pour l’éducation. Oprah Winfrey a fait de son enfance marquée par les épreuves une force capable d’inspirer des millions de personnes. Toutes ces existences nous enseignent une vérité fondamentale : notre point de départ ne décide jamais de notre point d’arrivée. Ce qui fait la grandeur d’une vie, c’est le courage avec lequel elle accepte de se laisser transformer.

La mue est bien davantage qu’un changement ; elle est une espérance. Elle est la preuve que Dieu ne condamne jamais un être humain à demeurer prisonnier de son passé. Elle proclame qu’aucune chute n’est une identité, qu’aucune blessure n’est une destinée et qu’aucune faiblesse n’est une condamnation définitive. Tant que Dieu nous prête vie, il nous offre également la possibilité de renaître intérieurement. Le véritable miracle n’est pas de ne jamais tomber ; il est de refuser de faire de sa chute une demeure permanente.

À l’aube de ce nouveau mois, osons donc accomplir notre propre mue. Ayons le courage de demander pardon lorsque cela est nécessaire, la sagesse de reconnaître nos erreurs, la force d’abandonner ce qui alourdit notre marche et la foi d’avancer vers les horizons que Dieu prépare pour chacun de nous.

Et puisque le mois d’août est aussi celui que beaucoup appellent le mois de la fraîcheur, j’adresse une pensée toute particulière aux parents. Nos enfants disposeront davantage de temps libre, d’occasions de découvrir le monde et, parfois,  davantage de risques. Veillons sur eux avec amour, éduquons-les avec patience, corrigeons-les avec sagesse et protégeons-les avec vigilance. Car la plus belle mue qu’un enfant puisse accomplir est celle qui le fait grandir dans la sécurité d’une famille présente, aimante et responsable.

Ayons également une pensée fraternelle pour nos aînés. Leur confort, leur santé, leur dignité et leur solitude ne doivent jamais devenir les oubliés de nos préoccupations. Une société qui honore ses anciens prépare un avenir plus humain pour ses enfants.

À l’heure où juillet referme son livre et où août entrouvre le sien, n’ayons pas peur de quitter ce qui rétrécit notre âme. Les saisons passent, les années s’écoulent, les circonstances changent ; mais seuls grandissent véritablement ceux qui acceptent de renouveler leur cœur. Que Dieu nous accorde la sagesse de discerner ce qu’il faut conserver, le courage d’abandonner ce qui nous alourdit et la grâce de devenir, chaque jour davantage, des artisans de paix, de justice, de fraternité et d’espérance. Car la plus belle mue n’est pas celle qui transforme notre apparence ; c’est celle qui élève notre conscience.

Excellente semaine à toutes et à tous. Que cette fin de juillet soit le courage de quitter l’ancien, et qu’août devienne le commencement de ce qu’il y a de plus noble en chacun de nous.

À vous, fidèles lecteurs des Chroniques de CHA, merci de faire de ces rendez-vous hebdomadaires bien plus qu’une simple lecture : un espace de réflexion, d’élévation et d’engagement. Puissions-nous ne jamais craindre le changement lorsqu’il nous rapproche de la personne que Dieu a rêvé que nous devenions.

 

CHA

 

Femme Noire, Femme de Pouvoir !

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