Sénégal : après le limogeage de Sonko, Diomaye Faye face à un double défi

En mettant fin aux fonctions de son Premier ministre Ousmane Sonko, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a ouvert une nouvelle page d’incertitudes politiques. Si la décision confirme la rupture entre les deux hommes, elle pose désormais une question : comment le chef de l’État peut-il gouverner sans contrôle réel sur le parti PASTEF ni…

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Senegal le limogeage de Sonko Diomaye Faye

En mettant fin aux fonctions de son Premier ministre Ousmane Sonko, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a ouvert une nouvelle page d’incertitudes politiques. Si la décision confirme la rupture entre les deux hommes, elle pose désormais une question : comment le chef de l’État peut-il gouverner sans contrôle réel sur le parti PASTEF ni sur une majorité parlementaire largement acquise à Sonko ?

Le limogeage d’Ousmane Sonko marque sans doute le tournant politique le plus important depuis l’arrivée au pouvoir, au Sénégal du tandem Diomaye-Sonko en mars 2024. Derrière cette décision du président Bassirou Diomaye Faye, se profile une bataille rangée de légitimité et de contrôle du pouvoir entre deux anciens alliés devenus rivaux.

Car si Bassirou Diomaye Faye occupe constitutionnellement la magistrature suprême, Ousmane Sonko demeure le véritable patron politique du PASTEF, le parti qui a porté l’alternance au Sénégal. Fondateur de la formation politique, l’ancien Premier ministre Ousmane Sonko garde une popularité sans précédent. Il conserve son aura au sein des jeunes et des militants du parti.

Le principal défi pour Diomaye Faye réside surtout dans le rapport de force au Parlement. Le PASTEF dispose de 130 députés sur 165 à l’Assemblée nationale, une majorité écrasante issue des législatives de 2024. Plusieurs signaux récents montraient déjà que cette majorité était davantage fidèle à Sonko qu’au président de la République.

Lors des débats parlementaires ces derniers mois, certains députés de la majorité avaient publiquement pris position en faveur du désormais ancien Premier ministre, parfois au détriment du chef de l’État. Le député Abdourahmane Diouf avait même averti qu’en cas de départ de Sonko, tout nouveau Premier ministre pourrait faire face à des motions de censure systématiques à l’Assemblée nationale.

Cette situation place Bassirou Diomaye Faye dans une position fragile. Certes, la Constitution sénégalaise lui donne le pouvoir de nommer un Premier ministre et de dissoudre le gouvernement. Mais dans la réalité, gouverner sans une majorité au Parlement serait à priori compliqué.

Probables scénarios après le limogeage de Sonko

 

Le premier, une tentative de recomposition politique autour du président. A court terme, la coalition présidentielle est nettement plus pragmatique et efficace pour gouverner face à un PASTEF majoritaire à l’Assemblée nationale. Mais  la création d’un parti pour la mouvance demeure un projet de consolidation progressive du pouvoir, mais pas une solution pour résoudre un défi dans l’immédiat : phagocyter les velléités du Pastef et son leader.

Dans ce contexte, le président Diomaye Faye doit absolument renforcer sa coalition « Diomaye Président » qui regroupe d’ores et déjà, plus de 118 partis et mouvements. Le chef de l’Etat pourrait ainsi attirer certains cadres modérés du PASTEF ainsi que des alliés extérieurs comme des cadres du Parti Démocratique Sénégalais (PDS) de l’ancien président Abdoulaye Wade ou des fidèles de Macky Sall. Mais cette hypothèse n’est pas sans conséquences du fait de la popularité de l’ancien Premier ministre Ousmane Sonko.

Le second scénario serait celui d’une cohabitation conflictuelle entre la présidence et une Assemblée nationale sous influence « sonkoïste ». Dans ce cas, toute nomination du gouvernement ; chaque réforme ou projet de loi offrirait un terrain d’affrontement entre institutions. Ce qui pourrait entrainer une paralysie de l’appareil étatique.

Le clair-obscur au départ !

 

La crise actuelle qui secoue le sommet au Sénégal révèle plus ou moins un clair-obscur depuis 2024. Bassirou Diomaye Faye avait été choisi comme candidat du PASTEF en remplacement d’Ousmane Sonko après l’invalidation de la candidature de ce dernier à la présidentielle. Dès lors, pour nombre d’électeurs, le président Diomaye Faye reste redevable au président du Pastef Ousmane Sonko.

Mais au gré du temps et en vertu de la gestion du pouvoir, Diomaye Faye a voulu s’affranchir. Conséquence, il veut prendre ses distances vis-à-vis de son bienfaiteur, selon l’opinion.

Au-delà du bras de fer institutionnel, cette rupture intervient dans un contexte économique délicat pour le Sénégal. Le pays demeure confronté aux négociations sensibles avec le FMI, aux attentes sociales élevées et à une forte pression sur l’emploi et le coût de la vie. Une instabilité prolongée pourrait fragiliser davantage l’exécutif et inverser les rapports de force en faveur d’Ousmane Sonko qui passe désormais dans l’opposition après son limogeage.

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