Kenya : un congé menstruel désormais en vigueur à Nairobi

Le comté de Nairobi a mis en œuvre une politique accordant aux femmes salariées deux jours de congés payés mensuels en cas de douleurs menstruelles…

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Le comté de Nairobi a mis en œuvre une politique accordant aux femmes salariées deux jours de congés payés mensuels en cas de douleurs menstruelles. La mesure, selon les autorités, vise à améliorer le bien-être au travail.

Depuis début 2026, les employées du gouvernement du comté de Nairobi peuvent bénéficier de deux jours de congé menstruel par mois, sans formalité administrative ni justification médicale. Adoptée en décembre 2025, cette décision s’inscrit dans une volonté des autorités locales d’adapter les conditions de travail aux réalités physiologiques des femmes. À l’origine de cette initiative, une discussion informelle au sein de l’exécutif local dirigé par le gouverneur Johnson Sakaja. Sensibilisé aux difficultés rencontrées par certaines collaboratrices souffrant de douleurs menstruelles sévères, il a plaidé pour une approche plus humaine de la gestion des ressources humaines. Le comté compte environ 18 000 employées, pour lesquelles cette mesure est perçue comme un levier de dignité et de performance. « Les droits des femmes ne sont pas anti-productivité », a insisté le gouverneur, estimant que le bien-être des agents constitue un investissement dans l’efficacité globale de l’administration. La mesure, adoptée sans opposition majeure, prévoit un principe simple : “pas de question, pas de formulaire”. Les congés menstruels s’ajoutent ainsi aux congés annuels et aux arrêts maladie classiques. Si certains saluent une avancée sociale, d’autres voix expriment des réserves. Des critiques redoutent que ce type de politique n’incite certains employeurs à privilégier l’embauche d’hommes, au nom de la continuité du service. Une inquiétude partagée par certaines travailleuses du secteur privé, qui craignent des effets indirects sur l’accès à l’emploi. Sur le plan médical, les spécialistes rappellent que les douleurs menstruelles peuvent être particulièrement invalidantes. Selon la gynécologue Eunice Cheserem, basée à Nairobi, près de la moitié des patientes consultent pour des symptômes sévères, allant de crampes intenses à des vomissements ou des maux de tête incapacitants. Dans ces conditions, travailler peut s’avérer difficile, voire contre-productif. Le Kenya rejoint ainsi un cercle restreint de pays ayant instauré un congé menstruel, à l’image du Japon, pionnier dès 1947, ou encore de l’Espagne, qui a légiféré en 2023. En Afrique, seule la Zambie disposait jusqu’ici d’une mesure similaire. Au-delà de la question réglementaire, la réforme met également sur la table des discussions, un enjeu sociétal majeur : la persistance de la stigmatisation autour des menstruations. De nombreuses employées reconnaissent encore éprouver de la gêne à évoquer ce sujet avec leur hiérarchie, malgré les nouvelles dispositions.

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