Le procès dans l’affaire Pierre Urbain Dangnivo, ex-haut cadre du ministère des finances, porté disparu depuis 2010, a repris le vendredi 26 juin 2026 au tribunal de première instance de première classe de Cotonou. A l’occasion, le frère de la victime, Grégoire Dangnivo, a été écouté sur cette affaire politico-judiciaire très suivie par les béninois.
Face aux juges, Grégoire Dangnivo a, une fois encore, exprimé toute la peine que subie la famille d’Urbain Dangnivo depuis sa disparition en 2015. Pendant plusieurs minutes, il est revenu en détail sur ce chapitre douloureux de la fratrie Dangnivo.
Selon le témoin, la famille a constaté la disparition du cadre du ministère des Finances, Pierre Urbain Dangnivo, le lendemain des faits, après les inquiétudes exprimées par ses deux épouses. Devenu injoignable, les parents avaient alors consulté l’oracle, qui aurait révélé que leur frère était toujours en vie, mais confronté à un problème lié à un refus de paternité d’une grossesse. Dans cette affaire, Prisca Lègba, mère de l’enfant, sera finalement interpellée. Celle-ci décède deux semaines après sa libération.
Plus tard, la famille est informée par le ministre de la Justice d’alors, Grégoire Akoffodji, que Pierre Urbain Dangnivo aurait été victime d’un acte de charlatanisme, son corps aurait été retrouvé à Womey. Une thèse que Grégoire Dangnivo rejette avec véhémence, affirmant avoir inspecté le corps dont certaines parties n’avaient rien de commun à celui de Pierre Dangnivo. « On se permet d’avoir des doutes » sur le travail accompli par la chaîne judiciaire dans ce dossier, a-t-il déclaré, tout en dénonçant une mise en scène.
Innocents
Faut-il le rappeler, deux individus sont poursuivis dans ce dossier de meurtre au sommet de l’Etat. Il s’agit de Codjo Alofa et Donatien Amoussou. Lors de sa déposition le vendredi dernier, Grégoire Dangnivo, frère du défunt, a disculpé les deux accusés. « Codjo Alofa et Donatien Amoussou n’ont rien à voir avec ce meurtre. Mais Alofa a le devoir de nous dire comment ils ont fait le montage », lance-t-il.
En effet, selon les déclarations des avocats de la défense, Alofa, principal accusé dans cette affaire, se trouvait déjà en prison le 16 août 2010, bien avant la disparition de Dangnivo, survenue dans la nuit du 17 au 18 août. Ce dernier aurait été auditionné dans des circonstances qui ne respectent pas le cadre légal. Voyant que sa vie était en danger, il aurait avoué le crime qu’il a démenti in extrémis.
S’il est vrait que le mis en cause avait été écroué pour une affaire de meurtre, l’exhumation du corps à son domicile et les analyses médicales ont prouvé qu’il s’agissait d’une personne autre que Pierre Dangnivo.
A la barre, Grégoire Dangivo confie que la famille nourrit toujours l’espoir de retrouver Pierre Urbain Dangnivo vivant. Pour lui, son frère a été victime d’un crime prémédité. Car, rappelle-t-il, Pierre Urbain Dangnivo, militant du Parti social-démocrate (PSD), « était un opposant chaud chaud au président » de l’époque, Boni Yayi.
« Que l’État nous rende la dépouille au complet pour que nous puissions faire les cérémonies », réclame-t-il. A la suite de sa déposition, l’audience a été renvoyée au 3 juillet 2026.












