Arnaque sentimentale : 3 ghanéens arrêtés et extradés aux États-Unis encourent jusqu’à 75 ans de prison

Arrêtés dans leur pays, trois ghanéens sur quatre ont été récemment extradés le 7 août dernier, aux États-Unis pour être jugés. « Isaac Oduro Boateng,..

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Arrêtés dans leur pays, trois ghanéens sur quatre ont été récemment extradés le 7 août dernier, aux États-Unis pour être jugés. « Isaac Oduro Boateng, Inusah Ahmed, Derrick van Yeboah et Patrick Kwame Asare sont accusés d’arnaque sentimentale en ligne à grande échelle. Entre 2016 et 2023, les prévenus ont réussi à soutirer 100 millions de dollars des poches de leurs victimes.

En effet, leur interpellation fait suite à une longue enquête menée par le FBI. Selon les informations, les prévenus sont soupçonnés d’être à la tête d’un vaste réseau international de brouteurs, spécialisés dans l’arnaque sentimentale. Sur les réseaux sociaux, ils se font passer pour de célébrités et séduisent facilement des personnes vulnérables et souvent âgées, avant de leur extorquer de l’argent. Le préjudice est évalué à 100 millions de dollars. Leurs cibles sont particulièrement basées dans les pays occidentaux comme les États-Unis où l’Europe. Leur mode opératoire consiste d’ordinaire à agir grâce à un vaste réseau d’escrocs intermédiaires qui leur permettent de blanchir l’argent, sans aucune trace apparente. Selon Suleman Lazarus, chercheur spécialiste en cybercriminologie qui a étudié leur organisation, trois brouteurs s’attaquent à une même victime en même temps, ce qui accentue la pression. «À la fin de la journée, ils partagent le butin. Ils ont des complices partout. L’organisateur peut missionner d’autres personnes en Côte d’Ivoire, ou au Cameroun par exemple pour participer et agir en son nom, et les payer ensuite », explique-t-il. Âgés entre 36 et 40 ans, le groupe de trois se surnomme « les présidents » et appellent leurs victimes « clients ». Ils seront bientôt jugés devant un tribunal américain pour leur forfait. Voici leur mode de fonctionnement Ils adoptent différentes surnoms selon les pays. Au Nigeria, on les appelle les « Yahoo boys », au Ghana ce sont les « Sakawa boys ». « La majorité des gens ne considèrent pas ces escrocs comme des criminels. Les brouteurs jouissent d’un statut plus élevé, grâce à leur argent et leur générosité. Ce ne sont pas uniquement des arnaqueurs, cela peut être le directeur d’un label musical ou un musicien par exemple, et ils redistribuent bien souvent l’argent à leur communauté », précise Suleman Lazarus au micro de RFI. L’un d’entre eux a fait une victime du nom d’Isabelle, 62 ans. Elle a été approché via le net par un homme après un divorce qu’i l’a contrainte à vivre seule au moment où elle prenait également sa retraitée. Son interlocuteur qui s’est fait passer pour un acteur très connu au Pérou, Marco Zunino, la contacte sur Facebook en décembre 2021. Après six mois de contacts réguliers, il commence à lui demander de l’argent pour des motifs urgents. Isabelle, amoureuse, cède et au fil des années lui donne près de 29 000 euros. « Pendant trois ans, on était comme un couple, on se parlait de tout. C’est comme une drogue, quand vous avez commencé à prendre de la drogue, vous ne pouvez plus vous arrêter. C’est exactement le même système. C’est être endoctriné, c’est être manipulé. Moi, il m’a tellement fait de mal qu’il m’a coupé de la vie de mes enfants. J’ai passé plus d’un an sans leur parler. J’en ai juste une sur les cinq qui me reparle maintenant, c’est tout », confie Isabelle. Il faut rappeler que Patrick Kwame Asare alias « Borgar », le quatrième est toujours en fuite. Tous, ils encourent jusqu’à 75 ans de prison ferme selon la loi américaine.

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