Dépendance, désinformation, cyberharcèlement, perte de concentration et comparaison sociale : l’utilisation excessive des réseaux sociaux numériques expose les jeunes à plusieurs risques. Face à l’abondance des contenus, Olouyomi Yannick TCHANGO, spécialiste en communication et relations publiques et enseignant collaborateur extérieur à l’École nationale des sciences et techniques de l’information et de la communication (ENSTIC-UAC), appelle à développer des réflexes de vérification et des pratiques numériques responsables.
Les réseaux sociaux numériques occupent désormais une place importante dans les habitudes des jeunes. Ils permettent de communiquer, de s’informer et de découvrir une diversité de contenus, mais cette présence permanente dans le quotidien peut aussi entraîner des comportements préoccupants. À mesure que les publications se multiplient, l’attention des utilisateurs est sollicitée presque sans interruption. Notifications, nouvelles publications et contenus proposés par les plateformes peuvent ainsi installer une consultation répétitive, parfois difficile à maîtriser. Dans ce contexte d’abondance informationnelle, la question n’est plus seulement celle de l’accès aux réseaux sociaux, mais aussi celle de la manière de les utiliser.
Pour Olouyomi Yannick TCHANGO, l’un des premiers risques d’une utilisation excessive est la dépendance. Celle-ci peut se traduire par un besoin constant de consulter son téléphone, même en l’absence d’une nécessité particulière. Le spécialiste décrit une situation dans laquelle certains jeunes éprouvent le besoin de vérifier régulièrement leurs notifications et de suivre les nouvelles publications, au point de ressentir un malaise lorsqu’ils ne peuvent pas accéder à leurs réseaux. Il évoque notamment « cette utilisation créé une dépendance excessive. Car ils peuvent avoir en permanence envie de consulter son téléphone portable toutes les deux minutes. » Il ajoute que certains peuvent « se sentir vide et angoissé sans les réseaux sociaux, vérifier les notifications et suivre les nouvelles publications allant généralement plus dans le sens de la distraction. »
Cette relation de dépendance peut également se manifester par la peur de se retrouver sans son téléphone portable. Le spécialiste fait ainsi référence à la nomophobie, qu’il définit comme « la peur d’être sans son téléphone. » Au-delà du simple réflexe de consulter un écran, cette situation révèle la place que l’appareil et les plateformes peuvent prendre dans le quotidien des jeunes. Lorsque la consultation devient systématique, elle risque de réduire leur disponibilité pour d’autres activités et de détourner leur attention de leurs priorités.
Les conséquences peuvent notamment se faire sentir dans le parcours scolaire. Une utilisation excessive des réseaux sociaux peut perturber la concentration et rendre plus difficile le maintien de l’attention sur les apprentissages. Le spécialiste souligne ainsi que « l’utilisation excessive des réseaux sociaux numériques peuvent également donnée lieu à des conséquences sur la scolarité et la concentration. » À cette difficulté s’ajoutent les risques d’isolement social, de cyberharcèlement, d’exposition à des contenus violents ou inappropriés, d’arnaques et de manipulation. Ces différents dangers montrent que les enjeux de l’usage des réseaux sociaux ne se limitent pas au temps passé devant l’écran : ils concernent aussi les contenus consultés, les interactions et les comportements adoptés en ligne.
La désinformation constitue, dans cette perspective, un autre risque auquel les jeunes doivent faire face. La circulation rapide des publications peut favoriser la diffusion de contenus faux ou trompeurs. Lorsqu’un utilisateur ne prend pas le temps d’examiner une information, il peut finir par la considérer comme vraie et, éventuellement, la partager à son tour. Olouyomi Yannick TCHANGO attire l’attention sur ce mécanisme : « À force d’être exposé à des contenus faux ou trompeurs, un jeune peut finir par considérer comme vraies des informations qui ne le sont pas. » L’abondance des contenus ne garantit donc pas la qualité de l’information reçue. Elle rend au contraire nécessaire le développement d’une attitude critique face à ce qui apparaît sur les plateformes.
À ces risques s’ajoute la comparaison permanente avec les autres utilisateurs. Les réseaux sociaux donnent souvent à voir des fragments de vie présentés sous un angle valorisant, parfois éloigné des réalités quotidiennes. En confrontant leur propre situation à ces représentations idéalisées, certains jeunes peuvent développer un sentiment d’insatisfaction ou voir leur estime de soi affectée. Le spécialiste relève que « La comparaison permanente avec les autres peut affecter l’estime de soi, notamment lorsque les jeunes comparent leur vie réelle à des vies présentées de manière idéalisée sur les réseaux. » Cette comparaison peut ainsi influencer la perception que les jeunes ont d’eux-mêmes et de leur propre parcours.
Olouyomi Yannick TCHANGO élargit également son analyse aux conséquences possibles sur la qualité du capital humain. Il met en garde contre l’attrait de réussites présentées sur les réseaux sociaux et contre la volonté de certains jeunes d’obtenir rapidement des résultats, sans nécessairement s’engager dans un processus de travail et d’apprentissage. Il évoque « Une chute lamentable de la qualité du capital humain, tributaire du fait que les jeunes cèdent aux mirages des réseaux sociaux et sont pressés de tout avoir sans être amoureux du travail bien fait et brûlent fortement les étapes. » Cette observation souligne, dans son analyse, l’importance de ne pas confondre les images de réussite diffusées en ligne avec les efforts et le temps nécessaires à la construction d’un parcours.
Vérifier, réfléchir et protéger : les réflexes d’un usage responsable
Face à ces risques, l’un des premiers moyens de protection consiste à apprendre à vérifier les informations avant de les croire ou de les partager. Pour le spécialiste, la démarche doit devenir un réflexe et non une réaction exceptionnelle. « Le principe est simple. Avant de partager ou de prendre une information pour vraie, je vérifie. » Cette règle implique d’abord de s’intéresser à la source de la publication. L’identité de l’auteur ou de l’organisme qui diffuse l’information, ainsi que sa crédibilité, constituent des éléments à examiner avant toute reprise.
La date de publication représente un autre point de vigilance. Une information ancienne peut être remise en circulation et présentée comme une actualité, alors que son contexte n’est plus le même. Il est donc nécessaire de vérifier quand le contenu a été publié et de le comparer avec d’autres sources fiables, particulièrement les sources officielles. Cette confrontation permet de ne pas s’appuyer sur une publication isolée et de mieux apprécier la solidité de l’information.
La vérification doit aussi porter sur le contenu lui-même. Un titre peut attirer l’attention sans rendre fidèlement compte du texte qui l’accompagne. Le spécialiste recommande donc d’analyser la publication afin de vérifier si son contenu correspond réellement à son titre. Il invite également les jeunes à se méfier des messages qui cherchent à provoquer la peur, l’indignation ou la colère, notamment lorsqu’ils exigent une réaction immédiate. Les photos et les vidéos qui paraissent suspectes doivent, elles aussi, être vérifiées. Ces précautions permettent de prendre du recul face aux contenus qui suscitent une émotion forte et de ne pas confondre rapidité de diffusion et fiabilité.
Mais vérifier l’information ne suffit pas à garantir un usage responsable des réseaux sociaux. La manière de se comporter envers les autres utilisateurs est tout aussi déterminante. Pour Olouyomi Yannick TCHANGO, les jeunes doivent changer leur regard sur ces espaces numériques et prendre conscience de la portée de leurs actes. Il insiste sur une idée centrale : « Les jeunes doivent considérer les réseaux sociaux numériques comme un espace de vie réelle. Car derrière chaque profil en ligne se cache une personne dotée des cinq sens. » Autrement dit, l’écran ne doit pas faire oublier la personne à laquelle s’adresse une publication, un commentaire ou un message.
Cette conception invite à réfléchir avant de publier ou de partager un contenu, en tenant compte des conséquences qu’il pourrait avoir. Elle suppose aussi de respecter les autres utilisateurs et de s’abstenir des insultes, du harcèlement et des propos discriminatoires. La publication de la photo ou de la vidéo d’une autre personne doit également faire l’objet d’une attention particulière : demander son autorisation avant de diffuser son image participe au respect de sa vie privée. Dans le même esprit, les jeunes doivent éviter de partager des informations privées ou sensibles et protéger leurs données personnelles.
La sécurité des comptes constitue un autre volet de cette responsabilité. Le spécialiste recommande de bien gérer les paramètres de confidentialité, d’utiliser des mots de passe solides et de recourir à l’authentification à deux facteurs lorsque cette possibilité existe. Il encourage également les jeunes à signaler les contenus dangereux, frauduleux ou abusifs. À ces mesures s’ajoute la nécessité de diversifier les sources d’information, afin de ne pas rester enfermés dans un seul type de contenu. L’usage responsable implique donc à la fois une vigilance sur ce que l’on reçoit, une prudence sur ce que l’on diffuse et une attention aux personnes avec lesquelles on interagit.
La maîtrise du temps passé sur les réseaux sociaux s’inscrit dans la même logique. Face à l’abondance des contenus, le spécialiste ne préconise pas un abandon systématique des plateformes. Il estime plutôt nécessaire d’apprendre à les utiliser sans leur laisser prendre le contrôle du temps et de l’attention. Il précise : « Ici, le but ne serait pas d’abandonner les réseaux sociaux numériques, mais d’apprendre à les utiliser sans qu’ils contrôlent notre temps et notre attention. » Cette approche place la maîtrise des habitudes au cœur de la démarche : il ne s’agit pas de se couper de l’environnement numérique, mais de retrouver la capacité de décider du moment et de la raison pour lesquels on s’y connecte.
Pour y parvenir, une première étape consiste à interroger ses propres habitudes. Le jeune utilisateur peut notamment se demander : « Est-ce que je vais sur ce réseau parce que j’en ai réellement besoin ou simplement par habitude ? » Cette question permet de distinguer une consultation motivée par un besoin précis d’un geste automatique, répété sans objectif particulier. La désactivation des notifications qui ne sont pas nécessaires peut également limiter les sollicitations permanentes et aider à mieux organiser son attention.
Le spécialiste propose aussi de remplacer progressivement une partie du temps passé en ligne par d’autres activités, notamment le sport, la lecture, les loisirs ou les rencontres sociales. Il recommande d’éviter de commencer et de terminer systématiquement la journée avec son téléphone, ainsi que de prévoir ponctuellement des périodes de déconnexion. Ces pratiques peuvent contribuer à rétablir un équilibre entre la vie numérique et les autres dimensions du quotidien. Pour lui, cet équilibre concerne notamment les études, le travail, les relations sociales, le sommeil et les activités physiques. L’enjeu est ainsi de faire des réseaux sociaux un outil parmi d’autres, plutôt que de leur accorder une place qui empiète sur l’ensemble des activités.
Parents, éducateurs et médias : une responsabilité partagée
Cette responsabilisation ne peut toutefois reposer uniquement sur les jeunes. Elle nécessite également l’accompagnement des parents, des éducateurs, des enseignants, des professionnels de la communication et des médias. Pour Olouyomi Yannick TCHANGO, « L’ accompagnement des jeunes ne doit pas reposer uniquement sur la surveillance. Il faut surtout leur donner des connaissances, des méthodes et des réflexes pour qu’ils puissent eux-mêmes faire des choix responsables dans l’environnement numérique. » Il considère que les différents acteurs ont des rôles complémentaires dans cette démarche.
Au sein des familles, les parents sont ainsi invités à privilégier le dialogue plutôt qu’une simple interdiction. Ils peuvent aider les jeunes à comprendre les risques liés aux réseaux sociaux, établir avec eux des règles adaptées et, surtout, donner eux-mêmes l’exemple d’un usage équilibré. L’accompagnement ne consiste donc pas seulement à contrôler le temps d’écran ou à limiter l’accès aux plateformes. Il doit aussi permettre aux jeunes de comprendre les raisons des règles établies et de développer progressivement leur propre capacité de discernement.
Dans le milieu éducatif, les enseignants et les éducateurs ont, pour leur part, un rôle important à jouer dans le développement de l’éducation aux médias et à l’information (EMI). Il s’agit de transmettre aux jeunes des compétences concrètes : vérifier une source, reconnaître une manipulation, comprendre les mécanismes de viralité et adopter un comportement responsable en ligne. En intégrant ces apprentissages dans l’éducation, les encadreurs peuvent contribuer à former des utilisateurs capables de prendre du recul face aux contenus qui circulent et de ne pas se laisser guider uniquement par leur popularité ou leur rapidité de diffusion.
Les professionnels de la communication et les médias ont également leur part de responsabilité. Selon le spécialiste, ils doivent contribuer à la production de contenus fiables et accessibles, expliquer les mécanismes de la désinformation et participer au développement de l’esprit critique des publics. Leur rôle ne se limite donc pas à diffuser des informations : ils peuvent aussi aider les utilisateurs à mieux comprendre l’environnement dans lequel ces informations circulent. Les réseaux sociaux eux-mêmes peuvent, dans cette perspective, devenir des outils d’éducation et de sensibilisation.
À l’ère de l’infobésité, l’utilisation responsable des réseaux sociaux repose ainsi sur plusieurs exigences complémentaires : savoir vérifier avant de partager, respecter les autres, protéger ses données, maîtriser son temps et développer son esprit critique. Pour Olouyomi Yannick TCHANGO, l’accompagnement des jeunes doit surtout leur permettre d’acquérir les connaissances et les réflexes nécessaires pour agir de manière autonome dans l’environnement numérique. L’objectif n’est donc pas de les éloigner des réseaux sociaux, mais de leur apprendre à ne pas subir l’abondance des contenus informationnelles et leurs sollicitations, afin de conserver la maîtrise de leurs choix, de leur attention et de leurs interactions.
Réseaux sociaux et infobésité : alerte sur les risques d’usage excessif chez les jeunes
Dépendance, désinformation, cyberharcèlement, perte de concentration et comparaison sociale : l’utilisation excessive des réseaux sociaux numériques expose les jeunes à plusieurs risques. Face à l’abondance des contenus, Olouyomi Yannick TCHANGO, spécialiste en communication et relations publiques et enseignant collaborateur extérieur à l’École nationale des sciences et techniques de l’information et de la communication (ENSTIC-UAC), appelle…

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