A travers une note de service en date du 26 août 2026, signée par son Secrétaire Générale, Madeleine LAFIA MORA, le Ministère de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche (MAEP), a annoncé la fermeture totale de la pêche sur le Lac Ahémé, la lagune côtière et ses chenaux, ainsi que sur les lacs Toho, Dati, Wozo, Drè, loké, Togbadji, Djêtoè et Dounkon. Ceci, à compter du mercredi 30 septembre au jeudi 29 octobre 2026. A Bopa, une commune située dans le département du Mono, cela fait exactement 20 jours que le Lac Ahémé est fermé à toutes pratiques de pêche, pour ne rouvrir qu’au 29 octobre 2026 à 00 heure.
Principale activité d’où les habitants tirent la majeure partie de leurs revenus, la pêche nourrit les hommes et les femmes de la localité, mais aussi sert à payer la scolarité des enfants. Mais comment vit la population de Bopa depuis la fermeture du Lac, le 1er octobre 2026 ? Qu’en est-il des habitudes alimentaires ? Vers quelles sources de revenus se tournent désormais pêcheurs et mareyeuses ? La mesure de fermeture est-elle rigoureusement respectée ? Quel accompagnement de la part des autorités communales ? Victorin Hounga est le Coordonnateur communal du syndicat national des acteurs de la pêche du Bénin (Synapeb). Il répond aux questions de Ignace Tossou.
L’Investigateur : M. Victorin Hounga, depuis la fermeture du Lac Ahémé, quel est le quotidien des pêcheurs et mareyeuses de Bopa ?
Victorin Hounga : Merci. Avant la mise en œuvre de la mesure d’interdiction de pêche sur le Lac Ahémé, le syndicat national des acteurs de la pêche du Bénin a mené en amont des sensibilisations dans plusieurs localités. Dans ce cadre, les acteurs de la pêche ont été reçus par le Chef d’arrondissement de Bopa, avec qui nous avons échangé sur les contours de la mesure. A la suite de cette rencontre, le syndicat s’est résolument mis au travail. Au début, les gens croyaient que c’était une blague. Mais les annonces à la radio ont fini par convaincre chacun. Dès lors, tout le monde s’est plié à la décision de l’autorité. Aucun pêcheur ne se rend plus à la pêche. Les mareyeuses sont aussi au repos. De toutes les façons, nous menons régulièrement des patrouilles sur le Lac, avec nos moyens de bord. Lorsqu’on constate un geste suspect dans une localité ou reçoit des alertes, on déclenche rapidement une enquête afin de savoir ce qui n’a pas marché. Certains ignorent l’enjeu caché derrière cette fermeture du Lac. Ce repos que nous donnons au Lac sera tout bénef pour nous les pêcheurs. Car, les poissons auront le temps de se reproduire et de se développer. Dès la reprise, nos barques seront remplies de poissons contrairement aux derniers mois. Il est vrai que c’est difficile, mais un mois, ce n’est pas un an. A partir du jeudi 29 octobre à 00 heure, les activités de pêches vont reprendre. Et il serait de bon ton que nous évitions un certain nombre de pratiques afin de protéger les ressources halieutiques.
Quelles sont les conséquences que cette fermeture a sur votre quotidien ?
Victorin Hounga : Les conséquences sont claires. Plus personne ne se rend à la pêche. Ce qui fait que naturellement, on ne mange plus comme avant. Parce qu’en réalité, dès que vous avez du poisson, le reste c’est facile. Mais puisqu’on était déjà averti, je pense que ça ne devrait pas vraiment peser sur les gens. Au début, beaucoup se plaignaient. Mais avec le temps, ils ont commencé à voir eux-mêmes le mouvement des poissons dans le Lac. Ils ont alors compris une chose : ils ont compris qu’autant l’homme doit travailler, autant il doit se reposer. Donc, ce n’est pas vraiment difficile. Seulement, beaucoup estiment qu’avant de prendre une telle mesure, le gouvernement devrait prévoir des choses pour eux, ne serait-ce que pour soulager un peu leurs peines. C’est surtout pendant les périodes de sensibilisation qu’on a beaucoup entendu ces types de doléances. Mais moi, je pense que nous sommes sur le bon chemin. Tout ce qu’on fait, c’est pour la bonne cause.
Pendant ce temps, comment les familles des pêcheurs vivent-elles ? Est-ce qu’on se tourne vers d’autres activités ?
Victorin Hounga : Belle question. Moi-même qui suis le coordonnateur communal du syndicat national des acteurs de la pêche du Bénin, je suis également un pêcheur. Mais à voir la manière dont les choses évoluent aujourd’hui, l’homme ne doit plus avoir une seule source de revenus. Il doit avoir des activités parallèles. Et quand ça ne va pas ici, ça doit aller là-bas. La situation dans les familles doit être actuellement difficile. Mais les périodes comme celles-ci arrivent pour que l’homme et la femme se serrent les coudes. Ils doivent s’assoir, échanger et trouver d’autres portes de sortie en attendant que les choses se normalisent. On ne doit pas que s’accrocher au Lac seul. Il faut faire en plus de l’élevage, de l’agriculture ou d’autres choses. Car, aujourd’hui, notre Lac ne rassure plus. La situation du Lac aujourd’hui est telle que, lorsqu’on pêche du poisson pendant trois jours, on en manque pendant trois mois. C’est pourquoi certains d’entre nous s’accrochent aussi à d’autres choses.
Depuis le lancement des patrouilles, avez-vous déjà enregistré des cas d’indélicatesse ?
Victorin Hounga : Pour être sincère, chez nous ici, à Bopa, personne n’a encore violé la mesure. A ce jour, personne ne s’est rendue de nuit sur le Lac pour pêcher. Toutefois, on a enregistré certains cas sur la terre noire, dans un village de l’arrondissement d’Agbodji. Vous savez, c’est des zones un peu reculées. Et les gens profitent de cette position géographique pour opérer. J’étais chez moi l’autre fois quand le CA m’a alerté sur un cas. Aussitôt, on a pris la mesure de la situation. Mais il faut aussi dire que si ces exceptions arrivent, c’est parce qu’on n’a pas mis à notre disposition des outils de travail adéquats comme les barques motorisées, les sécurités, etc. Ce qui fait qu’on est contraints d’aller avec tact et diplomatie. D’ailleurs, il n’est pas question de se battre, s’injurier ou se tuer. Non ! C’est juste des rappels à l’ordre.
Quelles sont les mesures mises en place par le gouvernement ou les autorités communales pour vous accompagner dans cette période délicate ?
Victorin Hounga : A ce jour, ils sont peut-être dans les démarches, mais aucune disposition pratique n’a été annoncée. En tout cas, je n’ai encore rien entendu, en ma qualité de coordonnateur communal du syndicat national des acteurs de la pêche du Bénin. Et pourtant, avant de priver un bébé du sein maternel, il faut lui avoir prévu autre chose. Le gouvernement ainsi que nos autorités en savent quelque chose. C’est pourquoi nous restons toujours confiants. Mais jusque-là, rien n’a encore été fait.
Un mot de la fin ?
Victorin Hounga : Mon mot de fin, c’est un appel à l’endroit du gouvernement. Lorsqu’on envoie un enfant au champ, on lui donne les outils dont il aura besoin pour mener à bien son travail. A savoir : la houe, le coupe-coupe, l’eau et la nourriture. C’est pour dire au gouvernement et son Chef que nous n’avons encore rien reçu de tel dans le cadre de ce travail de veille permanente qu’il nous a confié. Nous n’avons pas de barques motorisées, pas de gilets ni de lampes torches. Nous n’avons pas reçu de soutien sécuritaire. Malgré tout, nous faisons quand-même le travail avec nos moyens. Donc, nous prions l’Etat de bien vouloir nous aider dans ce sens. Il ne s’agit pas seulement de Bopa. Mais aussi des autres communes concernées par l’interdit.











