Les bacheliers face à la suppression des bourses dans certaines filières
Le guide d’orientation des nouveaux bacheliers pour l’année académique 2026-2027 est disponible depuis quelques jours. La suppression des bourses dans certaines filières suscite toutefois des interrogations, notamment chez les nouveaux bacheliers issus de familles à revenus modestes. Entre nécessité d’adapter les formations aux besoins du marché de l’emploi et crainte de nouvelles inégalités, deux responsables étudiants et trois nouvelles bachelières livrent leur appréciation.
La publication du guide d’orientation des nouveaux bacheliers pour le compte de l’année académique 2026-2027 ouvre, comme chaque année, une nouvelle étape pour les candidats admis au baccalauréat. Mais au-delà du choix des filières, une évolution attire particulièrement l’attention : la suppression des bourses dans certaines formations universitaires.
Pour certains responsables étudiants, cette décision peut être comprise à travers la volonté de l’État d’adapter progressivement le système éducatif aux besoins de l’économie. Pour d’autres, elle comporte aussi le risque de fragiliser les étudiants qui ne disposent pas des moyens nécessaires pour financer leurs études.
Les filières concernées par la suppression des bourses
Le guide d’orientation 2026-2027 fait apparaître la suppression des bourses dans plusieurs filières de l’enseignement supérieur public. À l’Université d’Abomey-Calavi, les formations concernées se retrouvent notamment à la Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines (FLASH) d’Adjarra, où la mesure touche la Géographie et aménagement du territoire ainsi que la Socio-anthropologie. À la Faculté des Lettres, Langues, Arts et Communication (FLLAC), sont concernées les filières Allemand, Espagnol et Sciences du langage et de la communication. À l’ENEAM, la suppression concerne également la filière Marketing.
La mesure s’étend aussi à la Faculté des Sciences Humaines et Sociales (FASHS), avec notamment la Géographie et aménagement du territoire, les Sciences de l’éducation et de la formation, la Philosophie, la Socio-anthropologie, l’Histoire et l’Archéologie. Elle concerne également, à l’École nationale d’administration, le Secrétariat de gestion ainsi que les Sciences et techniques de l’information documentaire. À l’Université de Parakou, les filières concernées comprennent notamment le Droit privé, le Droit public, les Sciences politiques et les Relations internationales à la Faculté de droit et de science politique, ainsi que l’Allemand, l’Espagnol, la Géographie et aménagement du territoire et la Socio-anthropologie à la FLASH.
Une orientation vers des formations jugées plus porteuses
Edison AYOSSOU, responsable étudiant à la Faculté des Sciences Humaines et Sociales, relève notamment une diminution des bourses dans certaines filières, au profit de formations professionnelles et techniques.
« Je pense que cette année, nous constatons qu’il y a moins de bourses dans certaines filières, notamment dans les filières des lettres modernes et des sciences humaines, au profit de formations davantage professionnelles et techniques. Pour moi, cette orientation s’inscrit dans une vision de développement qui cherche à construire un Bénin nouveau, capable de former des citoyens qui puissent non seulement servir la société, mais aussi être employés et surtout s’auto-employer.
Depuis plusieurs années, nous constatons que l’accès à certaines formations universitaires est fortement influencé par les possibilités d’obtenir une bourse. Cela peut amener certains jeunes à choisir une filière non pas nécessairement en fonction de leurs aptitudes ou de leur passion, mais plutôt en fonction des avantages qu’elle offre. »
Une lecture que partage, sur certains aspects, Bath GBEGAN, ancien responsable étudiant en psychologie. Il replace cette évolution dans un contexte de transformation du système éducatif et du marché de l’emploi.
« Nous sommes à une époque de transition économique mais aussi on note une volonté de l’État de réorienter le système éducatif enfin de le mettre en phase avec les besoins du marché d’emploi et plus généralement de la société entière. Donner une appréciation des réformes de l’État en supprimant les allocations dans certaines filières universitaire ne serait pas une tâche légère si l’on ne savais pas les raisons possibles d’une telle réforme.
Mais ne peut-on pas penser que c’est parce quand on évalue l’importance de ces filières tant dans le présent comme dans l’avenir n’est plus perceptible ou peut les diplômés de ces domaines n’ont pas encore réussi jusque là à s’insérer sur le marché d’emploi et donc pour éviter de continuer à faire des surplus inutile dans ces domaines l’État oriente indirectement les jeunes vers d’autres filières prometteuses à l’horizon. »
Derrière cette nouvelle orientation des bourses se pose donc une question essentielle : que deviennent les étudiants qui choisissent des filières ne bénéficiant plus de ces allocations ?
Le risque d’un choix de filière dicté par les moyens
Pour Edison AYOSSOU, l’enjeu ne consiste pas uniquement à décider vers quelles formations les ressources doivent être orientées. Il faut également réfléchir à la situation des étudiants qui ne bénéficient plus du même accompagnement.
« Si aujourd’hui nous décidons d’orienter davantage les bourses vers des filières porteuses, telles que le numérique, la robotique, le BTP, la mécanique, la médecine ou encore certaines formations techniques, cela peut être pertinent au regard des besoins de développement de notre pays.
Mais une question demeure : que faisons-nous des autres étudiants ? Quelle place et quel avenir leur réservons-nous dans ce nouveau système ?
C’est là, à mon avis, que se trouve le véritable défi.
Si nous ne nous posons pas cette question, nous risquons de vouloir construire un Bénin nouveau tout en créant parallèlement une nouvelle forme d’inégalité. Des étudiants issus notamment de familles modestes, qui n’ont pas nécessairement les moyens de financer leurs études, pourraient se retrouver sans soutien simplement parce qu’ils ne sont pas orientés vers les filières bénéficiant de bourses. »
Bath GBEGAN insiste lui aussi sur le risque que cette situation fasse peser sur les choix des jeunes, particulièrement ceux issus de milieux défavorisés.
« Telle que je l’ai dis en haut cette manière de conditionnement peut avoir de conséquences sur l’adaptation et le choix de filière des apprenants et donc ceux d’origine défavorisé. Celà peut s’expliquer par plusieurs raisons. Les parents n’ayant pas les moyens encouragent leurs enfants à faire le choix des filières immédiatement rentables et de peu d’investissement. La raison est qu’on finit vite et »s’insère sur le marché d’emploi » pour d’autre avoir un parchemin universitaire sans attendre ses rendements suffit déjà.
Autrement on s’inscrit à l’Université non pas dans la logique de se faire un emploi après mais pour juste avoir un diplôme universitaire. »
Pour les nouveaux bacheliers, les difficultés financières sont déjà une préoccupation
Chez les nouveaux bacheliers, les inquiétudes sont davantage liées aux conséquences concrètes que pourrait avoir la suppression des bourses sur la poursuite des études.
Karen estime que la situation pourrait toucher directement les familles et leurs enfants.
« À ce sujet je pense que forcément cela va affecté et les parents et les enfants.
Les parents parce qu’il auront du mal à réunir les sous pour permettre à leur enfant de réaliser son rêve et les enfants verront leur projet d’avenir tomber à l’eau et malgré qu’il ont bossé sur pour obtenir les meilleures notes possible.
De plus, même si un enfant audacieux décide de ne pas abandonner son rêve, il se retrouvera livré à lui-même pour payer sa scolarité et cela l’affectera émotionnellement et peut être aussi dans ses études. »
Féerique LOKOSSOU partage cette inquiétude, en particulier pour les familles qui disposent de revenus modestes.
« En tant que nouvelle bachelière, je pense que la suppression des bourses dans certaines filières pourrait effectivement m’affecter, surtout si je souhaite m’orienter vers une formation exigeante et coûteuse. Au-delà de l’aide financière qu’elle représente, la bourse constitue pour beaucoup d’étudiants un véritable soutien qui leur permet de poursuivre leurs études avec plus de sérénité.
Je comprends que l’État puisse être amené à revoir sa politique d’attribution des bourses en fonction de ses priorités. Cependant, il ne faudrait pas que ces changements aient pour conséquence de décourager des jeunes qui ont travaillé pour obtenir leur BAC et qui souhaitent maintenant construire leur avenir à travers une formation de qualité. Pour une famille aux revenus modestes, les dépenses liées au transport, aux fournitures, à la restauration, au logement ou encore aux frais de formation peuvent rapidement devenir difficiles à supporter. »
Repenser l’orientation et l’accompagnement des jeunes
Pour Edison AYOSSOU, la réponse ne réside pas seulement dans une nouvelle répartition des bourses. Il estime nécessaire de revoir plus largement le système d’orientation et l’accompagnement des jeunes.
« Alors, que devons-nous faire ?
À mon avis, plutôt que de penser uniquement à une répartition différente des bourses, nous devons repenser plus profondément notre système d’orientation et d’accompagnement des jeunes.
Pourquoi ne pas considérer chaque nouveau bachelier comme une ressource pour la nation, avec des aptitudes particulières qu’il faut identifier et développer ?
L’État pourrait davantage investir dans la création et le renforcement de formations correspondant aux besoins réels de notre économie et de notre société. Ensuite, les jeunes pourraient être orientés vers ces différentes formations en fonction de leurs aptitudes, de leurs intérêts, de leur potentiel, mais également des besoins du pays.
Cela suppose aussi de revoir notre système d’orientation scolaire. L’orientation ne devrait pas commencer uniquement au moment où l’élève obtient son baccalauréat. Elle devrait être construite progressivement, pourquoi pas dès le collège, avec une meilleure connaissance des aptitudes, des centres d’intérêt et du potentiel de chaque apprenant. »
Pour le responsable étudiant, l’accompagnement ne doit toutefois pas se limiter aux compétences professionnelles.
« Mais il ne suffit pas de former des jeunes techniquement compétents. Nous devons également former des citoyens responsables.
Il faut donc intégrer davantage dans leur parcours des notions de citoyenneté, d’éthique, de patriotisme, de discipline et de responsabilité. Parce qu’un jeune qui possède une compétence professionnelle, mais qui ne possède pas le sens de l’éthique et de la responsabilité citoyenne, ne peut pas pleinement contribuer au développement de son pays. »
« Il vaudrait mieux réorganiser et cibler l’aide »
Pour ROSARIUM STELLA AGBIDI, nouvelle bachelière, la solution pourrait davantage résider dans un ciblage des aides vers les étudiants qui en ont réellement besoin.
« Oui, la suppression des bourses dans certaines filières peut m’affecter, même si ma filière n’est pas encore concernée.
Je viens d’obtenir mon BAC 2026 et je viens d’une famille à revenus modestes. Pour nous, la bourse n’est pas une aide de plus. C’est ce qui permet de payer l’inscription, les supports de cours, le transport et de se nourrir pendant les études.
Si l’État supprime les bourses, beaucoup de bacheliers méritants risquent d’abandonner, non pas par manque de capacité, mais par manque de moyens. Cela va creuser les inégalités et priver le pays de futurs cadres formés.
Je pense qu’au lieu de supprimer, il vaudrait mieux réorganiser et cibler l’aide vers ceux qui en ont le plus besoin. L’école doit rester une chance pour tous, pas seulement pour ceux qui ont de l’argent. »
De son côté, Féerique LOKOSSOU estime également que la situation sociale des étudiants doit être prise en compte dans les décisions concernant les bourses.
« À mon avis, la question ne devrait donc pas seulement être de savoir quelles filières méritent une bourse, mais aussi de réfléchir à la situation sociale des étudiants. Un jeune qui possède les compétences et la motivation nécessaires ne devrait pas voir ses ambitions limitées simplement parce que sa famille n’a pas les moyens de financer entièrement ses études.
Pour moi, investir dans les études, c’est investir dans l’avenir du pays. J’espère donc que les nouvelles mesures permettront malgré tout aux bacheliers issus de familles modestes d’accéder aux formations de leur choix et de poursuivre leurs études dans des conditions favorables à leur réussite. »
Entre besoins du pays et égalité des chances
Le débat posé par ces témoignages dépasse ainsi la seule question des bourses. Il renvoie à la manière dont le Bénin entend orienter ses jeunes vers les métiers dont le pays aura besoin, tout en garantissant aux étudiants la possibilité de choisir leur parcours en fonction de leurs aptitudes et de leurs ambitions.
Edison AYOSSOU résume cette vision en appelant à un système qui ne se limite pas à sélectionner les meilleurs, mais qui permette de révéler le potentiel de chaque jeune.
« Ainsi, notre objectif ne devrait pas simplement être de classer les jeunes en fonction de leurs notes pour déterminer qui mérite une bourse et qui n’en mérite pas. Nous devons plutôt mettre en place un système qui identifie qui ils sont, ce qu’ils savent faire, ce qu’ils aiment faire et ce dont notre société a besoin.
C’est à cette condition que nous pourrons réduire les mauvaises orientations, le sous-emploi et le chômage, tout en donnant à chaque jeune une véritable possibilité de contribuer au développement du Bénin.
En définitive, un Bénin nouveau ne doit pas seulement être un Bénin qui forme les meilleurs ; il doit être un Bénin qui révèle le potentiel de chacun et donne à chaque citoyen une place utile dans la construction de la nation. »
Une préoccupation revient donc avec insistance : comment adapter l’enseignement supérieur aux besoins du pays sans faire de la situation financière des familles un obstacle à l’accès aux études ? La réponse à cette question apparaît comme l’un des enjeux majeurs de l’orientation des nouveaux bacheliers pour cette rentrée académique 2026-2027.
Edouard HOUNTONDJI











