« Le trac : Quand l’émotion éprouve le courage des grandes victoires »

Chers ami.es., Une émotion universelle, une épreuve intérieure et une occasion de grandir. Voilà tout le résumé de l’histoire. Lundi 2 juillet 2001. Il est 21 heures à Cotonou. Sur la première chaîne privée de télévision du Bénin, une émission sportive très suivie s’apprête à commencer : « Plurisports ». Derrière son micro, une jeune…

5 minutes

Temps de lecture

Christelle Houndonougbo

Chers ami.es.,

Une émotion universelle, une épreuve intérieure et une occasion de grandir. Voilà tout le résumé de l’histoire. Lundi 2 juillet 2001. Il est 21 heures à Cotonou. Sur la première chaîne privée de télévision du Bénin, une émission sportive très suivie s’apprête à commencer : « Plurisports ».

Derrière son micro, une jeune dame attend le signal de l’antenne. Le générique retentit. Son cœur s’emballe, sa respiration se fait hésitante. L’instant décisif approche. Alors que l’émotion gagne tout son être, une seule consigne lui parvient du réalisateur, de l’autre côté du studio : « Respire ! » Le trac vient de se manifester.

Universel et profondément humain, le trac accompagne les grandes ambitions et surgit souvent dans les moments où nous sommes appelés à donner le meilleur de nous-mêmes. Qui n’a jamais éprouvé cette fébrilité avant un examen, une prise de parole, une compétition ou une rencontre importante ?

Il naît de la confrontation entre l’importance que nous accordons à une situation et notre désir de réussir. Palpitations, tremblements, gorge nouée, respiration accélérée : ses manifestations sont aussi bien physiques que psychologiques. Mais faut-il y voir un signe de faiblesse ou simplement l’expression de l’enjeu que représente un moment particulier ?

Une célèbre formule attribuée à Nelson Mandela nous rappelle que « le courage n’est pas l’absence de peur, mais la capacité de la surmonter ». Cette pensée ouvre une perspective essentielle : apprendre à vivre avec le trac plutôt que chercher systématiquement à le supprimer.

Le trac commence souvent dans l’esprit. La peur de l’échec, l’anticipation des erreurs et la crainte de décevoir installent un conflit intérieur entre ambition et doute. Nous voulons réussir, mais redoutons de ne pas être à la hauteur. Pourtant, la confiance en soi ne consiste pas à se croire infaillible. Elle suppose de reconnaître ses limites sans renoncer à croire en ses capacités. « Connais-toi toi-même ». cette célèbre maxime antique rappelle que la maîtrise de soi commence par la connaissance de ses propres émotions.

Cette tension intérieure se manifeste également dans le corps. Le cœur accélère, les mains deviennent moites et les muscles se contractent. Ces réactions traduisent la mobilisation de l’organisme face à une situation exigeante. Le danger apparaît lorsque nous interprétons ces manifestations comme les signes d’un échec imminent. La respiration maîtrisée, la préparation et l’entraînement permettent alors de mieux canaliser cette énergie.

Le trac est aussi un paradoxe émotionnel : il associe la peur à l’espérance, l’appréhension à l’ambition. Nous pouvons désirer ardemment réussir tout en redoutant le moment de vérité. Il révèle ainsi l’importance de nos projets et notre attachement à nos objectifs. Mais aucune émotion ne devrait avoir le dernier mot sur notre destinée. La réussite exige également de savoir surmonter les déceptions et de préserver sa détermination.

Cette émotion devient parfois plus intense sous le regard des autres. Prendre la parole devant une assemblée, défendre une conviction ou présenter un projet expose nos compétences au jugement extérieur. Nous redoutons les critiques, les maladresses et la perte de crédibilité. Pourtant, nous surestimons souvent l’attention que les autres accordent à nos imperfections. Apprendre à s’affranchir du regard extérieur, c’est aussi préserver son estime personnelle et comprendre que notre valeur ne dépend pas exclusivement de l’appréciation d’autrui.

Le trac peut également perturber la concentration, la mémoire et l’expression. Une personne pourtant bien préparée peut perdre le fil de son discours parce que son attention se détourne de l’essentiel pour se focaliser sur la peur de mal faire. D’où l’importance d’une préparation rigoureuse, d’un entraînement régulier et d’une bonne maîtrise de son sujet. La compétence nourrit la confiance ; l’expérience consolide l’assurance.

À l’école, dans la vie professionnelle, dans les arts ou dans le sport, le trac accompagne toutes les situations où nous devons faire la preuve de nos capacités. Même les personnes les plus expérimentées ne sont pas toujours épargnées. Mais chaque épreuve surmontée renforce notre assurance et nous apprend à mieux gérer les suivantes. L’erreur cesse alors d’être une condamnation pour devenir une occasion d’apprentissage.

Au fond, le trac nous confronte à une réalité incontournable de l’existence : l’incertitude. Nous pouvons nous préparer avec sérieux sans jamais maîtriser entièrement l’issue d’une situation. Oser, c’est précisément accepter cette part d’inconnu. Comme le rappelle cette pensée de Sénèque « Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas ; c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles. »

Faut-il donc supprimer le trac pour réussir ? Pas nécessairement. Lorsqu’il reste modéré, il peut stimuler la vigilance, renforcer la préparation et nous aider à mesurer l’importance de l’objectif. Lorsqu’il devient excessif, il peut toutefois entraver nos capacités. L’enjeu est donc de l’apprivoiser plutôt que de le subir, en cultivant la préparation, la maîtrise de soi et l’acceptation de l’imperfection.

Le trac est une expérience humaine aux dimensions psychologique, physiologique, émotionnelle, sociale et intellectuelle. Il révèle nos inquiétudes, éprouve notre confiance et nous confronte à nos limites. Mais il peut aussi devenir un formidable levier de dépassement personnel. En définitive, le trac n’est pas nécessairement le signe que nous sommes incapables de réussir. Il peut être le témoignage de l’importance que revêt pour nous ce que nous nous apprêtons à accomplir.

La véritable victoire ne consiste pas à ne jamais avoir peur, mais à ne pas laisser la peur décider de notre avenir. Car le courage ne se mesure pas à l’absence de peur, mais à la capacité de poursuivre son chemin malgré elle. Alors, cette semaine, comment apprivoisons-nous notre trac ?
Bonne lecture à vous, fidèles de la tribune CHA, vous qui entretenez au quotidien cette flamme de réflexion et d’élévation.

𝘾𝙃𝘼.
𝙁𝙚𝙢𝙢𝙚 𝙉𝙤𝙞𝙧𝙚, 𝙁𝙚𝙢𝙢𝙚 𝙙𝙚 𝙋𝙤𝙪𝙫𝙤𝙞𝙧 !

À propos de l’auteur