Le JNIM : ce qu’il faut comprendre de Iyad Ag Ghali, chef de l’organisation militaire terroriste

La pacification du nord du Mali dépend de la qualité des relations des autorités locales avec Iyad Ag Ghali. C’est du moins l’assurance de ceux qui appellent le régime militaire du Général Assimi Goita a entamé les pourparlers avec le Chef du GISM, «Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans ». Une option rejetée congre…

6 minutes

Temps de lecture

La pacification du nord du Mali dépend de la qualité des relations des autorités locales avec Iyad Ag Ghali. C’est du moins l’assurance de ceux qui appellent le régime militaire du Général Assimi Goita a entamé les pourparlers avec le Chef du GISM, «Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans ». Une option rejetée congre toute attente par le gouvernement militaire.

Egalement connu sous le nom de JNIM, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans est une organisation militaire et terroriste, d’idéologie salafiste et djihadiste. Son influence dans la sous-région, au Sahel, et plus particulièrement au Mali n’est plus à démontrer. Durant ces dernières années, le Groupe a revendiqué une dizaine d’attaques terroristes dans le pays d’Assimi Goita.

Alors que la situation sécuritaire malienne se détériore, de plus en plus de personnes évoquent la nécessité pour les autorités locales de négocier avec le Chef de l’organisation militaire djihadiste, Iyad Ag Ghali, afin d’arriver à pacifier le nord du pays. La raison est simple : pendant longtemps, le gouvernement malien a travaillé avec Iyad Ag Ghali pour obtenir la libération de touristes étrangers. C’était à une époque où le jeune touarègue ne s’était pas encore radicalisé.

Qui est Iyad Ag Ghali ?

Né vers 1953 à Boghassa, dans la région de Kidal, au Mali, dans une famille touarègue de la tribu des Ifoghas, Iyad Ag Ghali est une icône de l’autodétermination touarègue. Son père, Ghali Ag Babakar, a été tué pendant la rébellion de 1962 après avoir été accusé par d’autres rebelles Touaregs d’être un collaborateur de l’État malien.

En 1973, alors que les sécheresses appauvrissent le pays depuis plusieurs années, Iyad Al Ghali quitte le Mali avec de nombreux Touaregs. Il se rend alors en Libye où il enchaîne des petits métiers avant d’intégrer la Légion islamique de Mouammar Kadhafi.  Au sein de ce mouvement, il suit une formation militaire et idéologique, participe à la guerre du Liban où il affronte les Phalanges libanaises et l’armée israélienne. Quelques années plus tard, il est envoyé au Tchad lors du conflit tchado-libyen où il participe au renversement d’Hissène Habré.

Après avoir participé à plusieurs guerres, Iyad Al Ghali signe son retour au Mali en 1987 et forme l’année suivante, le mouvement populaire de libération de l’Azawad (MPLA), soutenu par la Libye, et par l’Algérie selon les services secrets français. Sous le couvert de ce mouvement, il organise plusieurs attaques d’envergure. Les toutes premières remontent à 1990, avec l’assaut réalisé contre la gendarmerie de la ville de Ménaka, qui a occasionné la mort de plusieurs policiers maliens.

Cet épisode, en plus de lancer une nouvelle rébellion touarègue, lui vaudra une réputation de guerrier et de stratège militaire redoutable. Entre 1990 et 1991, Iyad Al Ghali lance plusieurs autres attaques contre les forces maliennes et devient le visage des revendications touarègues.

Alors que la situation va dégénérer, l’Algérie réussit à amener les deux camps à la table des négociations. A ce moment, le pays craint de voir s’exporter les velléités autonomistes sur son territoire. Alger décide alors d’infiltrer les mouvements favorables à cette sécession en se rapprochant d’Iyad Al Ghali. En 1991, la diplomatie algérienne pèse de tout son poids dans le conflit et organise des négociations à Tamanrasset.

En tant qu’interlocuteur du gouvernement malien, Iyad Al Ghali accepte de signer l’accord de paix de Tamanrasset, alors même qu’aucune des requêtes de la rébellion n’est satisfaite. Cette décision le fait passer pour un traître auprès de certains rebelles, mais le rapproche d’Alger et le fait passer pour l’homme qui a ramené la paix au Nord-Mali. A cette époque, il est même envisagé comme un relais de la lutte antiterroriste dans la région.

Le déclic

La radicalisation d’ Iyad Al Ghali a été enclenché en 1997, avec l’installation des missionnaires salafistes pakistanais affiliés au courant rigoriste Jamaat al-Tabligh à Kidal. Après les avoir rencontrés et fréquentés, il adhère à un islam fondamentaliste, qu’il assume en public aux environs de 2003. Malgré tout, il affirme clairement son opposition au terrorisme et aux attaques suicides. Son changement et son nouveau statut religieux lui attirent la sympathie des mouvements islamistes de la région, pendant que son opposition au terrorisme séduit Alger et quelques personnalités politiques.

Iyad Al Ghali devient alors l’intermédiaire privilégié des forces maliennes pour la libération des otages capturés par le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), ancêtre d’AQMI. En 2003, le secrétaire général du MNA aide à faire libérer quatorze touristes européens enlevés en Algérie par la katiba d’Abderrezak. La négociation pour la libération d’otages devient alors une source de revenus importante pour Iyad Ag Ghali qui touche des sommes intéressantes à chaque négociation. Pendant ce temps, en 2006, plusieurs Touaregs estiment que les promesses du pacte national entre le gouvernement et l’Azawad n’ont pas été tenues et déclenchent une nouvelle rébellion le 23 mai 2006.

Sa nomination en 2007 au poste de conseiller consulaire du Mali, à Djeddah en Arabie saoudite, a conduit à la multiplication des négociations pour la libération des otages. Toutefois, ayant senti que le temps passé en tant que diplomate lui a fait perdre un peu de d’influence au Nord-Mali, il est reparti à la source.

 

Les nombreuses défaites subies par les forces armées maliennes face aux groupes du nord du pays conduiront à une mutinerie. S’ensuit alors un coup d’Etat qui verra les mutins abandonner les fronts du nord et les institutions perdre leurs pouvoirs. Le 30 mars 2012, Iyad Ag Ghali fait une entrée triomphale dans la ville de Kidal à la tête d’un cortège de véhicules.

Trois jours plus tard, il arrive accompagné des forces d’AQMI menées par Djamel Okacha, Abou Zeïd et Mokhtar Belmokhtar à Tombouctou. Il prend le contrôle de la ville et expulse les rebelles Touaregs et arabes. La charia est instaurée. Pour prouver son contrôle, Iyad Ag Ghali libère sans contrepartie les 160 militaires maliens faits prisonniers par ses troupes dans les précédents combats. Finalement, en 2013, alors que les rebelles marchent sur le sud, l’armée française intervient. Iyad Al Ghali se réfugie alors au sud de l’Algérie, où les populations lui sont favorables.

Avec l’escalade des tensions dans le nord du Mali, Iyad Al Ghali est vu comme le pacificateur par excellence. Selon les informations rapportées par l’Agence Ecofin, le haut-représentant du chef de l’Etat pour le centre du Mali, Dioncounda Traoré, lui aurait envoyé des émissaires, pour tenter une nouvelle fois de décrisper le climat sécuritaire très tendu dans le Nord du Mali.

À propos de l’auteur

Avatar de Ignace Tossou