Le Conseil National des Supporters des équipes du Bénin (CNS-B), longtemps considéré comme un modèle d’organisation dans la sous-région, traverse l’une des plus graves crises de son histoire. À l’origine, un différend sur la durée du mandat du bureau dirigeant, auquel se sont greffés d’autres contentieux, a conduit les protagonistes devant le tribunal de première instance de première classe de Cotonou. Ils sont en audience le 14 prochain.
En effet, mercredi dernier, les différentes parties ont été programmés en audience le juge dans le cadre des procédures judiciaires engagées par une frange des membres du CNS-B. Selon les informations recueillies par L’Investigateur, trois assignations distinctes ont été introduites par le camp conduit notamment par Eddy Ganny-Akué et Boniface Sagbohan.
La première procédure porte sur la contestation de la non-tenue de l’Assemblée générale élective que les plaignants estiment devoir se tenir le 13 juillet 2026.
Pour comprendre l’origine du litige, il faut remonter à la réunification des différentes associations de supporters. À l’époque, l’ancien ministre des Sports, Oswald Homéky, avait œuvré au rapprochement des groupes jusque-là divisés. Cette médiation avait abouti à la création du Conseil National des Supporters des équipes du Bénin (CNS-B) autour d’un bureau consensuel.
Dans cette nouvelle configuration, l’Union nationale des associations de supporters (UNAS) avait désigné sept représentants, tandis que la Fédération béninoise des associations de supporters (FEBAS) en avait proposé huit. Selon plusieurs sources, les deux parties s’étaient entendues verbalement sur un mandat de trois ans pour le bureau mis en place.
Cependant, lors des formalités administratives ayant conduit à l’obtention du récépissé du CNS-B, les statuts auraient été modifiés et la durée du mandat portée à quatre ans. C’est précisément cette modification qui cristallise aujourd’hui les tensions. Une partie des membres considère que les élections auraient dû être organisées au terme des trois années initialement convenues, tandis que les dirigeants sortants s’appuient sur les statuts officiellement enregistrés.
Deux autres procédures en justice
La deuxième assignation vise l’Assemblée générale extraordinaire du 28 avril 2026, organisée par les partisans du président sortant, Léopold Houankoun. Les requérants demandent au tribunal de constater les irrégularités qu’ils estiment avoir entaché cette rencontre, consacrée notamment à la mise en conformité des textes du CNS-B avec la loi n° 2025-19 du 9 juillet 2025 relative aux associations et fondations, promulguée le 22 juillet de la même année.
Le troisième dossier est lié aux incidents survenus le 10 mai 2026 au siège du CNS-B. Les plaignants imputent au président sortant une responsabilité dans les échauffourées ayant opposé des supporters au retour de Lomé, après la qualification des U20 dames du Bénin pour la Coupe du monde Pologne 2026.
Ces trois procédures, examinées séparément par le tribunal de Cotonou, expliquent les multiples convocations des responsables et membres du CNS-B devant la justice depuis plusieurs semaines.
La nouvelle audience prévue cette semaine porte principalement sur la contestation du mandat de Léopold Houankoun, dont la légitimité est remise en cause par une partie des membres.
Un autre procès est déjà annoncé pour le mois d’octobre. Il concernera l’affaire de « coups et blessures volontaires entre supporters », née des incidents du 10 mai. Selon les informations recueillies, une tentative de règlement à l’amiable avait été proposée devant le procureur de la République, avec une offre d’indemnisation de 250 000 francs CFA destinée à couvrir les frais médicaux de la victime présumée. Cette dernière aurait toutefois refusé la proposition, préférant laisser la justice trancher le litige.
Cette crise interne fragilise un mouvement de supporters qui faisait pourtant figure de référence en Afrique de l’Ouest. Le CNS-B s’était notamment illustré lors de la Coupe d’Afrique des Nations Égypte 2019, où les supporters béninois avaient été récompensés par la Confédération africaine de football (CAF) pour leur exemplarité et leur animation.
Aujourd’hui, cette reconnaissance contraste avec les profondes divisions qui minent l’organisation. Entre désaccords sur la gouvernance, procédures judiciaires et tensions persistantes entre les différentes tendances, le CNS-B traverse une période d’incertitude dont l’issue dépendra aussi bien des décisions de justice que de la capacité des protagonistes à renouer le dialogue.









