Le projet de création d’une monnaie commune dénommée ECO, décidé lors du Sommet des Chefs d’État et de Gouvernement de la CEDEAO, le 19 juillet 2026 à Freetown (Sierra Leone), ne manque pas de pertinence. Des intellectuels africains comme le diplomate Moïse T. Kérékou y voient un bon signe. A la faveur d’une lecture purement technique et économique, l’Ambassadeur apporte sa contribution à la consolidation du projet, qui en lui-même porte les germes d’une réussite.
En effet, le 69è des Chefs d’État et de Gouvernement de la CEDEAO, le 19 juillet 2026 à Freetown (Sierra Leone), a été marqué par deux décisions majeures : la désignation du Président de la République du Sénégal, Bassirou Diiomaye Faye comme Président en exercice de l’organisation régionale, ainsi que la première participation du Président de la République du Bénin, Romuald Wadagni, à cette instance. Pour l’Ambassadeur Moïse Kérékou, ces deux événements sont porteurs d’espoir pour l’avenir de l’intégration économique ouest-africaine.
Économistes de formation et appartenant à une même génération de dirigeants, les présidents sénégalais et béninois disposent, selon lui, des atouts nécessaires pour insuffler une nouvelle dynamique à la réflexion sur les grands chantiers de la CEDEAO, notamment celui de la monnaie commune ECO, dont la création est désormais annoncée pour 2027.
Cependant, cette nouvelle échéance suscite de part et d’autre des réactions. Elle nourrit l’espoir d’une célérité que pourrait connaître le processus d’intégration régionale, mais en même temps, des doutes subsistent selon plusieurs observateurs, à cause des multiples reports enregistrés par le passé. Pour Moïse Kérékou, le véritable débat ne porte pas sur la nécessité d’une monnaie commune, mais sur les conditions économiques indispensables à sa réussite.
L’ancien diplomate rappelle qu’une monnaie constitue avant tout un instrument d’échange. Elle facilite les transactions entre les États, les entreprises et les citoyens, sans pour autant créer les échanges commerciaux ou les investissements. « Une monnaie commune facilite les échanges ; elle ne les crée pas », insist-t-il.
Selon lui, l’erreur consisterait à croire que l’adoption d’une monnaie unique suffira, à elle seule, à stimuler le commerce régional. En réalité, les échanges se développent d’abord grâce à la production, aux investissements, à la compétitivité des économies et à l’existence d’un véritable marché intégré. La monnaie intervient ensuite comme un facteur de simplification et de consolidation.
Pour étayer son analyse, Moïse Kérékou s’appuie sur l’expérience de l’Union européenne. Avant l’introduction de l’euro, les États membres avaient progressivement mis en place un marché commun, faire disparaître les principales barrières commerciales, harmonisé une partie de leurs politiques économiques et instauré la libre circulation des personnes, des biens, des services et des capitaux. L’euro est venu consacrer cette intégration, sans en être le point de départ.
Dans la continuité du Traité d’Abuja de 1991
Cette vision, précise-t-il, s’inscrit dans la continuité du Traité d’Abuja de 1991 instituant la Communauté économique africaine. Plus de trente ans après, l’objectif d’une union économique et monétaire demeure intact, mais sa réalisation reste tributaire du respect des différentes étapes de l’intégration.
Dans son ouvrage intitulé « Union africaine et processus d’intégration », publié en 2011 aux Editions L’Harmattan, l’auteur défend une thèse fondée sur la libre circulation des personnes et des biens, la zone de libre-échange, l’union douanière, le marché commun, puis l’union économique et monétaire. La mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), en 2019, s’inscrit, à l’en croire dans cette logique défendue.
C’est dans cette perspective que Moïse Kérékou estime que le Président Romuald Wadagni pourrait devenir l’un des artisans d’une évolution doctrinale au sein de la CEDEAO. Dans une organisation essentiellement intergouvernementale, explique-t-il, les grandes orientations dépendent largement de la vision des Chefs d’État. Grâce à sa formation d’économiste, à son regard nouveau au sein de la Conférence et à sa proximité générationnelle avec le Président sénégalais, le chef de l’État béninois pourrait contribuer à recentrer les débats sur un principe fondamental : une union monétaire ne peut être durable que si elle repose sur une intégration économique effective.
En définitive, Moïse Kérékou invite les États membres à privilégier la consolidation des fondements économiques avant l’adoption de la monnaie commune. Pour lui, l’ECO doit être considéré comme l’aboutissement d’un processus d’intégration et non comme son point de départ. « Ce n’est pas la monnaie qui crée le marché ; c’est le marché qui crée la monnaie », conclut-il.











