Bénin : Un monument dévoué « aux enfants de Bopa morts pour la Liberté » négligé

Implanté sur le domaine de la circonscription scolaire de Bopa, le monument dévoué « aux enfants de Bopa morts pour la Liberté », n’a plus de quoi attirer les regards. Entre décor insalubre, et infrastructure du temps de la vieille époque, cet édifice symbolique où repose l’esprit des martyrs de la commune, est négligé.   Il est…

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Monument dévoué aux enfants de Bopa morts pour la liberté

Implanté sur le domaine de la circonscription scolaire de Bopa, le monument dévoué « aux enfants de Bopa morts pour la Liberté », n’a plus de quoi attirer les regards. Entre décor insalubre, et infrastructure du temps de la vieille époque, cet édifice symbolique où repose l’esprit des martyrs de la commune, est négligé.

 

Il est situé entre la Trésorerie communale et la mairie de Bopa, à quelques mètres seulement de la voie bitumée menant tout droit vers la place Googo, lieu symbolique où les filles et fils de la localité communient à l’occasion de leur fête identitaire. Mais peu de gens remarquent réellement sa présence. Bien qu’il s’impose par son aspect physique, les arbres de Mélina plantés tout autour en empêchent la vue.

 

Et pourtant, c’est au pied de ce monument que se fait le dépôt de gerbe, chaque 1er août, marquant la fête nationale de l’indépendance. Dame Léa Dossa, rencontrée dans la matinée du lundi 11 mai 2026, n’a pas manqué d’exprimer son mécontentement vis-à-vis de l’aspect désastreux que présente l’édifice.

 

«Le monument existait depuis des décennies. Il a été là et est là jusqu’à l’heure où nous parlons. Mais actuellement, les gens ne remarquent plus qu’il y a un monument là parce que la mairie a planté des arbres et on l’a perdu de vue. Aujourd’hui, l’aspect que le monument présente n’est pas digne de sa renommée, pour une grande Mairie comme Bopa», a-t-elle déclaré.

 

Pour la quinquagénaire, ce monument est d’une portée significative non seulement pour la commune mais aussi pour la famille Dossa. En effet, fille d’un ancien prisonnier de guerre en Allemagne, «La femme milliardaire», de son surnom, porte en elle, le souvenir de son Feu père dont la contribution dans la lutte pour la Liberté reste encore vive dans les mémoires.

 

« Ce monument représente pour moi, mon Feu père Dossa Robert… Il a fait la deuxième guerre mondiale et les gens l’ont arrêté… Il est mort depuis 1995…C’était là où nous célébrons notre fête de l’indépendance. Mais aujourd’hui, tout est négligé, on ne remarque plus rien, c’est sale, il y a des herbes partout».

 

Conséquence : «A Chaque fête du 1er août, la population ne sort pas. Nous ne sortons pas», a-t-elle fulminé.

 

Le défi de l’assainissement

 

Ce jour-là, il sonnait environ sept heures du matin. À cette heure de la journée, l’air était glacial à Tchanhoué, un quartier populaire de l’arrondissement central de Bopa. À notre arrivée, le personnel administratif de la circonscription scolaire, où le monument est érigé, n’était pas encore au complet.

 

Interrogé, l’un des gardiens de la maison, aperçu en train de faire du nettoyage, se livre sans langue de bois sus anonymat. Selon lui, la propriété de l’espace était, pendant un temps, assurée par un individu qui aurait finalement abandonné l’entretien des lieux.

 

Depuis, plus personne ne s’occupe de cette besogne. Sauf quelques rares fois où il dit apercevoir des enfants s’essayer souvent à la tâche. «En clair, le nettoyage se fait. Mais pas comme cela se doit», a-t-il déclaré.

 

«Je suis ici depuis février 2024. Cet espace est toujours couvert d’herbe. Généralement, c’est à l’approche d’un événement (Ramadan, Tabaski) que les gens viennent arranger un peu. Mais la grande partie est envahie par l’herbe. C’est toujours à la veille de l’indépendance que la mairie envoie des gens pour entretenir ce domaine », a nuancé un responsable du CS/Bopa, requérant l’anonymat.

 

Ce dernier appelle les autorités communales à prendre leurs responsabilités. Car, «Une place de souvenir, c’est une place qui s’entretient. Parce que c’est chargé d’histoire», a-t-il indiqué.

 

Selon Clément Gando, enseignant d’histoire, la commune de Bopa a joué un rôle clé dans la lutte pour la Liberté.

 

«Dans l’histoire, nous avons appris que les Sahouè ont été résistants contre les colons. Ils ont farouchement lutté contre l’occupation illégale du territoire dans le temps, ce qui leur a coûté la vie. Cette lutte a généré des conséquences sur la population, vu la manière dont ils ont tué le colon, notamment le commandant Paul GRANGE. Jusqu’à aujourd’hui, la population continue de traîner encore les séquelles de cette résistance», rappelle l’enseignant d’histoire au Collège d’enseignement général de Bopa.

 

Vers une délocalisation ?

 

Contacté par L’investigateur, le Maire de la commune de Bopa, M. Abel Djossou, a soutenu avoir toujours eu un œil vigilant sur ce monument depuis son arrivée à la tête de la mairie en 2020.

 

«C’est la mairie qui a mis ces arbres là pour permettre aux gens de se reposer lorsqu’ils en ont envie. Nous sommes en train de réfléchir pour mettre des bancs pour que les gens se reposent là. Mais les choses ont évolué. Nous voulons désormais déplacer le monument sur un autre site qui est vers le Lac.

 

Parce qu’on a constaté que ce cadre est restreint et que ce n’est pas commode pour les fêtes de l’indépendance. Nous portons ce projet avec le gouvernement qui a demandé de trouver un autre site pour les monuments», a clarifié l’élu de la cinquième mandature de la décentralisation.

 

Dans son intervention, le Maire confie que, contrairement à ce qui se dit, le monument dévoué « aux enfants de Bopa morts pour la Liberté », est bel et bien entretenu.

 

«Nous avons signé un contrat avec quelqu’un qui entretient le monument périodiquement. C’est un monument qui est utilisé par plusieurs entités pour faire leurs cérémonies. Ce monument, c’est un monument provisoire», a-t-il insisté.

 

Pour finir, l’édile de la ville de Bopa informe que le projet de délocalisation du monument pourrait être enclenché dès l’arrivée du prochain gouvernement de Romuald Wadagni, étant donné que le mandat Constitutionnel de Patrice Talon prenait fin le 24 mai 2026. La délocalisation est-elle d’actualité ? Le président Romuald Wadagni a pris fonction et on attend de voir l’exécution du projet tel qu’annoncé par le maire Abel Djossou.

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