Souvenir : Monsieur Le Président n’a pas disparu, mais…
Hier soir, 22 juillet 2025, en faisant défiler mon fil Facebook sans y penser, je tombe sur un post. Pas un de ces statuts rageurs ou ironiques. Non. Un texte nu, sans défense, écrit par Dieudonné Yeou – Monsieur Le Président 229 Officiel , cinéaste, acteur, producteur, celui qu’on appelait autrefois Monsieur Le Président. «…
Hier soir, 22 juillet 2025, en faisant défiler mon fil Facebook sans y penser, je tombe sur un post. Pas un de ces statuts rageurs ou ironiques. Non. Un texte nu, sans défense, écrit par Dieudonné Yeou – Monsieur Le Président 229 Officiel , cinéaste, acteur, producteur, celui qu’on appelait autrefois Monsieur Le Président.
« Près de 10 ans de boycott, de silence imposé, de douleurs muettes, de souffrances tenaces… Près de 10 hivers à regarder les autres vivre. »
Je m’arrête. Je relis. Et je comprends. Ce n’est pas un texte. C’est un cri étouffé. Le genre qu’on ne pousse qu’en dernier recours, quand l’orgueil a cessé de nous protéger.
Ceux qui ne le connaissent pas doivent savoir : Monsieur Le Président – Dieudonné Yeou n’a jamais été un simple imitateur. C’était un artiste de la posture, un sculpteur de geste politique, un incarnateur de nuance. Il avait façonné un personnage inspiré de l’ancien Président Boni YAYI, non pour flatter, mais pour explorer les dessous du pouvoir à travers le filtre de l’humour et du théâtre filmé.
Dans un pays où les plateaux sont rares et les moyens presque absents, il tournait. Il créait. Il rassemblait.
Et je peux en témoigner : j’étais figurant dans l’un de ses films, « Carton Rouge » si ma mémoire est bonne, en 2008, à l’époque où la caméra tremblait mais l’audace tenait debout.
Puis 2016 est arrivé, avec son nouveau vent, son nouveau tempo.
Et la question est née : que devient un comédien dont le personnage s’est confondu à un président qui n’est plus en fonction ? Que fait-on d’un masque quand la scène change de décor ?
En 2017, nous avons tenté de répondre ensemble à cette question.
Je l’ai appelé. Je lui ai dit : Vous savez, vous ressemblez étrangement à monsieur Joseph Fifamin Djogbenou. Ce visage, cette posture, cette présence sobre mais pleine. À l’époque, monsieur Joseph Fifamin Djogbenou, ministre de la Justice, était déjà une figure montante. J’ajoutai : Ce personnage, vous pouvez le faire naître. Non pas pour vous moquer, mais pour raconter. Le nouveau nom de scène est tout trouvé : “L’Avocat du PR.”
Pourquoi ce choix ? Parce que monsieur Joseph Fifamin Djogbenou est l’avocat du Présidence de la République du Bénin, le Président Patrice Talon. Parce que la posture de l’“Avocat du PR” incarne la loyauté silencieuse, la complexité du pouvoir, la technocratie en mutation. Un rôle d’équilibriste, parfait pour un acteur de votre trempe. Le projet prit forme. Les idées affluaient. Des partenaires furent sondés. Un bailleur manifesta son intérêt.
Mais… les temps étaient frileux. Le terrain, glissant.
Et malgré toute notre envie, le silence eut gain de cause.
Depuis, vous survivez.
Comme beaucoup d’artistes africains, vous vous débattez dans une mer sans radeau :
– Pas de véritable statut, ou alors en discussion éternelle.
– Pas d’intermittence, seulement l’attente entre deux élans.
– Pas de scènes stables, mais des plateaux improvisés entre deux coupures d’électricité.
– Pas de filets sociaux, sauf ceux que la famille, souvent aussi précaire, tend par amour.
– Et une société qui admire l’artiste le soir… mais l’oublie au petit matin.
« Quelle est donc ma faute ? », écrivez-vous encore.
« Quand l’humanité déserte l’humain, Dieu prend le contrôle. »
Vous auriez pu partir. Quitter le Bénin, vous éloigner du vacarme, vous refaire ailleurs. Mais vous avez choisi de rester. Par foi. Par dignité. Peut-être aussi, par amour pour cette terre qui vous blesse parfois, mais qui reste vôtre.
Hier, j’ai lu votre texte. Et j’ai eu honte.
Honte d’avoir un jour abandonné le projet « L’Avocat du PR ». Honte de me dire qu’on vous a laissé vous effacer.
Et peur. Peur que vous deveniez un nom de plus dans la liste des artistes que nous n’avons pas su retenir.
Si vous avez lu jusqu’ici, ne vous contentez pas de compatir.
Agissez. Offrez-lui une scène. Une commande. Un appui. Un espace. Un relais.
Car les artistes ne meurent pas de talent, mais de silence.
Et Serge Dieudonné Yéou, lui, mérite qu’on l’écoute à nouveau.
Dr Ezin Pierre DOGNON
Docteur en musique et musicologie | Artiste | Écrivain
Tags: EXPOSITION
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