Bénin :La CENA provisoirement supprimée, une avancée ou un recul ?

Elle a fait des émules au point que des pays africains sont passés au Bénin afin de s’enquérir du « modèle béninois ». Elle, c’est la Commission électorale nationale autonome (CENA). Mais au grand dam de tous, elle n’existe plus depuis vendredi dernier. Pour l’instant, et en attendant sa refonte, l’instance en charge de l’organisation…

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La CENA provisoirement supprimée

Elle a fait des émules au point que des pays africains sont passés au Bénin afin de s’enquérir du « modèle béninois ». Elle, c’est la Commission électorale nationale autonome (CENA). Mais au grand dam de tous, elle n’existe plus depuis vendredi dernier. Pour l’instant, et en attendant sa refonte, l’instance en charge de l’organisation des élections au Bénin (CENA), est provisoirement supprimée.

Ainsi en ont décidé les députés du Bloc Républicain (BR) et de l’Union Progressiste le Renouveau (UP-R), deux partis soutenant le régime au pouvoir. Lors de la plénière du vendredi 10 juillet dernier, ils ont, à l’unanimité, voté la loi, actant la suppression provisoire de la CENA. En clair, ils ont « adopté la loi n⁰2026-14 portant abrogation de toutes les dispositions du titre II du livre premier de la loi n°2019-43 du 15 novembre 2019 portant Code électoral en République du Bénin, telle que modifiée, par la loi nº2024-13 du 15 mars 2024. »
Supprimant provisoirement au passage, l’institution électorale avant de penser à sa restructuration et sa configuration complètes.
A priori, les arguments avancés par les thuriféraires du pouvoir, à savoir qu’ « Une nouvelle CENA installée en juillet 2026 n’aura à organiser aucune élection politique jusqu’en 2031 », sont fondés. Mais dans le même temps, on peut se demander à quoi a réellement servi la dernière réforme opérée sous l’ancien régime, et qui a consisté à remodeler l’instance en charge des élections sur fond d’avènement de la Direction générale des élections (DGE) ?

Le Bénin qui a instauré la CENA, six ans après la Conférence des Forces Vives de la Nation de février 1990 sait que ce bien est précieux. Il fallait à tout prix le préserver. La suppression de la CENA au motif que les membres actuels se tourneraient les pouces 5 ans durant leur installation paraît tout aussi léger comme argument.

En effet, il fallait entre deux réformes trouver le juste milieu pour d’une part, préserver les acquis démocratiques et permettre à l’Etat central d’autre part, de ne pas saigner financièrement. La révision de la constitution intervenue le 14 novembre 2025, portant révision et complément de la Constitution du 11 décembre 1990 a été opérée après la réforme sur la CENA.

C’est dire qu’en amont, on devrait tenir compte des failles révélées et qui sous-tendent la suppression provisoire de la CENA pour mieux agir. Le Bénin modèle de démocratie jadis tombe dans les travers d’une démocratie semblable à celles observée dans les pays qualifiés de « régimes totalitaires » comme la Chine et la Corée du Nord.

Pendant que les proches du régime notamment le député Augustin Ahouanvoébla, initiateur de la loi actant la suppression provisoire de la CENA, voient le verre à moitié plein, il se murmure qu’il est plutôt à moitié vide. En vérité, qu’elle soit définitive ou provisoire, la suppression de la CENA est de fait, un recul pour le Bénin, modèle de démocratie, naguère envié dans la sous-région. Plus écœurant, c’est que face à cet acte inexplicable du parlement, l’opposition reste muette comme une tombe.

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