Une enquête menée par le Timbuktu Institute dans le nord du Bénin révèle que la radicalisation des jeunes dépasse les simples facteurs économiques tels que le chômage. Bakary Sambe, directeur régional de l’institut, explique que cette radicalisation est alimentée par des injustices socio-politiques, des inégalités et une compétition religieuse croissante.
Dans une interview accordée à RFI, Bakary Sambe souligne que, pour de nombreux jeunes, rejoindre des groupes extrémistes violents est perçu comme une forme de refuge face aux multiples frustrations qu’ils rencontrent au quotidien. « Les jeunes des communautés ayant participé à l’enquête perçoivent la radicalisation et l’extrémisme violent comme une échappatoire face aux divers problèmes socio-politiques et socio-économiques. Dans la Donga, par exemple, les groupes extrémistes violents parviennent à exploiter ces frustrations, notamment les questions d’injustice et d’inégalité », a-t-il déclaré. Le professeur à l’université Gaston Berger de Saint-Louis, au Sénégal, explique que ces jeunes sont « attirés par des groupes extrémistes violents qui se présentent comme des protecteurs des communautés marginalisées. Ils jouent la carte de la division et tentent de convaincre ces communautés qu’ils sont leurs défenseurs. » Certains jeunes voient la radicalisation comme « une revanche sociale », selon Bakary Sambe. Le rapport du Timbuktu Institute met également en évidence un autre facteur clé de la radicalisation dans le nord du Bénin : la compétition religieuse entre différents courants de l’islam, notamment les salafistes wahhabites et la confrérie soufie Tijaniya. Lire aussi: [CAN 2025 : diverses fortunes pour les équipes engagées après la première journée (résultats complets))>https://www.linvestigateur.info/?CAN-2025-diverses-fortunes-pour-les-equipes-engagees-apres-la-premiere-journee&var_mode=calcul] Cette compétition entraîne « une stratégie de remplacement de l’État, doublée d’une approche basée à la fois sur la Dawa (la prédication) et sur l’aide humanitaire, de sorte qu’aujourd’hui, il y a une compétition entre les courants religieux, notamment les salafistes wahhabites et la Tijaniya, qui se trouve menacée par cette offensive de la Dawa », précise Bakary Sambe. Il a également souligné « une forme de familiarisation », ajoutant que les populations locales en viennent à considérer les groupes terroristes comme faisant partie de leur quotidien. Face à cette situation, Bakary Sambe recommande une approche équilibrée pour les autorités béninoises. « La meilleure stratégie des autorités serait d’adopter une approche mixte : il est aussi important de gérer les urgences sécuritaires liées à la menace que de renforcer la résilience des communautés, en s’appuyant sur des stratégies endogènes basées sur le dialogue et la médiation. »















