Mortalité féminine : quand l’avortement clandestin devient un cauchemar

L’avortement clandestin, souvent entouré de tabous, reste une réalité sombre et meurtrière dans de nombreuses sociétés. Derrière le sujet, se cachent des drames humains, des vies brisées, et des souffrances indicibles. À l’occasion de l’édition 2024 de la Journée Mondiale pour le Droit à l’Avortement, il est essentiel d’attirer l’attention des décideurs afin de promouvoir…

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L’avortement clandestin, souvent entouré de tabous, reste une réalité sombre et meurtrière dans de nombreuses sociétés. Derrière le sujet, se cachent des drames humains, des vies brisées, et des souffrances indicibles. À l’occasion de l’édition 2024 de la Journée Mondiale pour le Droit à l’Avortement, il est essentiel d’attirer l’attention des décideurs afin de promouvoir des lois facilitant l’accès à l’interruption volontaire de grossesse (IVG).

Au Bénin, près de 200 femmes meurent chaque année des suites de complications liées à l’avortement non sécurisé, selon les chiffres partagés par le ministre de la Santé, Benjamin Hounkpatin, lors d’une conférence de presse en 2021. À l’échelle mondiale, les statistiques sont tout aussi préoccupantes. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), les avortements non sécurisés sont responsables d’environ 39 000 décès par an, comme l’a souligné une publication du 9 mars 2022. La perte d’un être cher à la suite d’un avortement non sécurisé laisse souvent des cicatrices profondes dans les familles, rendant le processus de deuil plus douloureux et silencieux. Jeanne, 58 ans, vit encore avec la douleur de la perte de sa fille, décédée il y a quatre ans après un avortement clandestin. « En deuxième année d’université, elle avait à peine 22 ans. Pleine de vie et d’espoir, elle est tombée enceinte. Ma fille et son petit ami ont décidé d’avoir recours à un avortement clandestin… et je l’ai perdue », raconte-t-elle. Chaque mot est empreint d’une émotion vive, comme si le temps n’avait pas apaisé ses blessures. « Mon cœur de mère saigne encore, et il saignera jusqu’à mon dernier souffle. Personne ne devrait perdre son enfant de cette façon », ajoute-t-elle. Les conséquences de l’avortement clandestin Outre le risque mortel, l’avortement non sécurisé entraîne des conséquences graves. « Les images de jeunes filles arrivant dans des structures sanitaires, les intestins enveloppés dans un pagne, marchant difficilement, complètement infectées à cause du travail de bouchers perpétré par des apprentis avorteurs opérant dans des coins de rue sont insoutenables. Ces jeunes filles subissent des perforations utérines, des gangrènes, des hémorragies foudroyantes, des nécroses vaginales et utérines à cause de pratiques d’auto-avortement à l’aide d’objets dangereux comme des tiges ou des aiguilles à tricoter, ou encore de produits caustiques », a déclaré Benjamin Hounkpatin en décrivant ces drames. L’OMS a également précisé les risques physiques associés à l’avortement non sécurisé, notamment l’évacuation incomplète (lorsque les tissus ou produits de la grossesse ne sont pas entièrement retirés), les hémorragies abondantes, les infections, la perforation de l’utérus, et les lésions des organes internes causées par l’insertion d’objets dangereux dans le vagin ou l’anus. Une réponse législative pour sauver des vies Face à cette situation dramatique, l’Assemblée nationale du Bénin par exemple, a adopté le jeudi 21 octobre 2021, la loi N° 2021-12 modifiant et complétant la loi de 2003 relative à la santé sexuelle et reproductive. Ce texte élargit les conditions d’accès à l’avortement sécurisé au Bénin. L’article 17-1 stipule que l’IVG est autorisée sur prescription médicale lorsque la poursuite de la grossesse met en danger la vie ou la santé de la femme enceinte, en cas de grossesse issue d’un viol ou d’une relation incestueuse, ou lorsque le fœtus souffre d’une affection grave. L’article 17-2 ajoute qu’à la demande de la femme enceinte, l’avortement peut être autorisé si la grossesse est susceptible d’aggraver ou de provoquer une détresse matérielle, éducative, professionnelle, ou morale. Il est conseillé aux femmes souhaitant interrompre une grossesse de s’adresser à un médecin dans une structure sanitaire publique ou privée compétente. Ce cadre légal vise à réduire les tragédies liées aux avortements clandestins et à sauver des vies. Selon Amnesty International, depuis 1990, la Journée Mondiale pour le Doit à l’Avortement est « célébrée en Amérique latine et dans les Caraïbes pour exiger la dépénalisation de l’avortement, pour fournir des services d’avortement sûrs et abordables et pour mettre fin à la stigmatisation et à la discrimination des personnes qui choisissent d’avorter ». « En 2011, le Réseau mondial des femmes pour les droits reproductifs a porté ces objectifs à l’échelle mondiale par solidarité, en reconnaissant que l’accès aux droits reproductifs continue d’être une lutte pour les populations du monde entier. Cette journée appelle à l’action pour lutter pour les droits reproductifs et à l’avortement au niveau mondial. », renseigne le l’ONG.