Décédé le 14 octobre 2015 à Cotonou, à l’âge de 82 ans, l’ancien président béninois Mathieu Kérékou a marqué l’histoire politique du pays. Plus de dix ans après sa disparition, son fils, l’ambassadeur Moïse Kérékou, revient sur plusieurs aspects de sa vie, notamment son rôle de père, son parcours militaire, sa foi et son héritage politique. Il s’est également exprimé sur les souvenirs familiaux et les secrets que l’ancien chef de l’État a emportés avec lui.
Au-delà de ses fonctions présidentielles, Mathieu Kérékou était, selon son fils, un homme attaché à la discipline, à la modestie et aux valeurs morales. Son passage de la vie militaire à la politique aurait contribué à façonner son comportement et sa manière de diriger. Moïse Kérékou retient notamment le patriotisme et le courage de son père, ainsi que son attachement au peuple béninois.
Interrogé par nos confrères de la Radio nationale dans l’émission « Histoires d’ici », il a également évoqué l’éducation reçue au sein de la famille. Malgré le statut de président de leur père, ses enfants n’ont pas bénéficié d’un traitement particulier. « Le général nous avait éduqués de telle manière qu’on n’avait pas forcément besoin de sa présence pour vivre. Il nous a laissé exercer notre libre arbitre. C’est ainsi que nous avions pu voler de nos propres ailes », a-t-il expliqué.
Cette éducation se traduisait aussi dans leur quotidien. Moïse Kérékou raconte qu’il allait à l’école à pied et utilisait les transports en commun, comme d’autres enfants de son âge. Son père, souvent absent en raison de ses responsabilités nationales, tenait à ce que ses enfants apprennent à se débrouiller et à s’intégrer dans la société béninoise. « Nous avions eu une éducation comme tous les autres Béninois », a-t-il souligné.
L’ambassadeur a aussi évoqué les moments difficiles traversés par sa famille après le départ de Mathieu Kérékou du pouvoir, à la suite de la Conférence nationale et des premières élections libres et démocratiques. Entre 1991 et 1996, la maison familiale, autrefois animée par les visites et les activités liées à la présidence, avait perdu une grande partie de son mouvement. Cette période a profondément marqué Moïse Kérékou, qui se souvient également des critiques adressées à son père pendant la Conférence nationale. Enfant, il les suivait à la radio et en était parfois bouleversé.
Pour lui, l’héritage de l’ancien chef de l’État ne se limite toutefois pas à ses souvenirs personnels ou à son parcours politique. Il repose aussi sur les valeurs qu’il a transmises et sur sa contribution à la vie démocratique du pays. « Si ce pays-là est en paix, si ce pays-là jouit d’une stabilité politique, si ce pays est reconnu comme un pays démocratique, si les Béninois s’y accrochent, s’y attardent et sont vraiment tenaces sur leur démocratie, c’est à cause de Kérékou », a affirmé son fils.
Au cours de l’entretien, Moïse Kérékou a enfin évoqué les derniers échanges qu’il a eus avec son père au sujet de la rédaction de ses mémoires. Il l’encourageait à coucher ses souvenirs sur papier, mais l’ancien président lui aurait répondu par une phrase qui l’a marqué : « Si non, nous devons parler, le Bénin sera en feu » ou « le pays va brûler », quelque chose comme ça. En parcourant une partie des archives de son père en 2018, trois ans après sa disparition, il dit avoir mieux compris cette mise en garde.
Pour Moïse Kérékou, Mathieu Kérékou est ainsi parti avec de nombreux secrets, dont la révélation aurait pu avoir des conséquences sur la cohésion nationale. « Et c’est mieux ainsi, pour sauvegarder le vivre-ensemble du peuple béninois », a-t-il conclu. Son témoignage met en lumière un héritage à la fois familial, moral et politique, dont les souvenirs continuent d’alimenter la mémoire collective au Bénin.











