Amazones U20 au Mondial 2026 : des journalistes sportifs apprécient…

La 12e édition du Mondial U20 féminin de football se poursuit en Pologne. Les Amazones du Bénin y ont pris part. Mais après les matchs du premier tour, elles sont déjà au bercail. Qu’est-ce qui a pu se passer ? Le sélectionneur national, Ouzérou Abdoulaye et ses joueuses ont-elles comblé les attentes ? Que faire…

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Amazones U20

La 12e édition du Mondial U20 féminin de football se poursuit en Pologne. Les Amazones du Bénin y ont pris part. Mais après les matchs du premier tour, elles sont déjà au bercail. Qu’est-ce qui a pu se passer ? Le sélectionneur national, Ouzérou Abdoulaye et ses joueuses ont-elles comblé les attentes ? Que faire pour améliorer les prochaines participations ? A ces différentes préoccupations, quelques journalistes sportifs de la place ont essayé d’apporter des réponses.

 

 

Christian Hounongbé, journaliste-reporter sportif

« … Tirer les leçons et continuer à bâtir »

Je pense qu’il faut d’abord se réjouir. C’est une première participation des Amazones U20 à une Coupe du Monde. Et déjà, ça compte.
Évidemment, personne ne souhaite une élimination au premier tour. Mais soyons lucides. Au très haut niveau, la moindre erreur se paie, cash. Le bilan est donc mitigé. Mais, pas catastrophique. Le Bénin peut se profiter de cette première expérience pour en tirer les leçons et continuer à bâtir. Le plus important maintenant, c’est de poursuivre le travail à la maison, pour viser plus grand dans le futur. Nos Amazones ont encaissé trop de buts. C’est vrai. Mais, la raison est simple. Nous avons affronté des sélections très fortes offensivement, alors que nous avons encore des fragilités défensives. Le Mexique, l’Argentine et la Pologne ont dominé sur 3 aspects : la taille, l’impact physique et la combativité. Et surtout, elles ont été beaucoup plus réalistes devant les buts. Dans un autre groupe, avec d’autres adversaires, les résultats auraient peut-être été différents. Mais, cette compétition nous montre exactement où se situe la barre. Il faut l’accepter pour progresser. On a vu émerger une vraie ossature offensive, avec du potentiel. Je pense notamment à Hosane Soukou, Germaine Honfo et surtout à la révélation, Romaine Gandonou. Avec du travail sur leur complicité, ces trois joueuses peuvent faire très mal, y compris en sélection A, dans quelques années.
Il faut trouver le liant. Aujourd’hui, on perd trop de ballons dans l’entrejeu. Moins de pertes de balle à la relance, plus de rigueur dans les duels. Il faut travailler l’endurance et l’agressivité pour tenir 90 minutes, face aux grandes nations.

François Fanou, reporter sportif

« Malgré tout, on peut être satisfait »

C’est d’abord une première pour le Bénin et pour nos Amazones. Donc, une participation historique. Elles se sont donné la chance de se frotter aux grandes nations de football féminin. Jouer le Mexique, l’Argentine et la Pologne (pays hôte), c’est une expérience, une école… Bravo à ces Amazones U20 qui ont montré la voie. Il a fallu braver les réalités du haut niveau, les contraintes climatiques et autres. Depuis plus de cinq ans, je côtoie le football féminin béninois. Et je ne suis pas surpris. C’est avec cette même équipe qu’on s’est qualifié. Sur les quatre rencontres de préparation en France, elles n’ont perdu qu’un seul match, contre l’équipe française, elle aussi qualifiée pour la même compétition. Donc, la préparation n’est pas tronquée. Mais, les rencontres amicales ne valent pas celles d’une compétition. C’était leur première expérience. Sûrement, le mental a fait défaut. En matière d’individualité, du collectif et d’expérience, on ne pouvait pas se mesurer à ces équipes de notre poule. Quand la défense subit, sans une réaction appropriée de l’attaque devant les buts averses, salut le déluge. En outre, quand sur le terrain il n’y a pas une joueuse leader pour remonter le moral, tout s’écroule comme un château de cartes. Malgré les revers, on peut être satisfait. Car, il s’agit de joueuses typiquement béninoises. Ce sont nos filles, et nous les connaissons très bien. Il y a six ou sept ans, ce n’était pas évident. Cela restait un rêve. Mais aujourd’hui, c’est une réalité. Le Bénin respire du football féminin. Et dans l’opinion, surtout chez les filles, cela développe des sentiments d’émulation. Au niveau de l’accompagnement, la Fédération et le ministère des Sports ont sûrement joué leurs rôles. A priori, tout le monde est prêt pour que la dynamique continue. Cependant, il faut repenser la formation. Mettre un accent particulier là-dessus, mettre le sérieux qu’il faut, faire en sorte que la formation dans les écoles de football riment avec l’instruction. Restons sur la même lancée, en participant aux compétitions de catégories d’âge sur le continent. Sans oublier de tenir la régularité des championnats au plan national.

Elisée HOUNKPATIN, correspondant VOA/Afrique

« Détecter et travailler en profondeur »

Quand on parle de football féminin, c’est pas évident de voir le Bénin parmi les grandes nations. Qu’il nous souvienne, il y a quelques années seulement, ce sont les Nigérianes qui venaient jouer à la place de nos filles. On était loin d’imaginer que nos soeurs pouvaient aussi bien taper dans le ballon. La grande satisfaction, c’est déjà de se qualifier pour ce Mondial 2026 des moins de 20 ans. Dès lors, il faut continuer le travail, rester fréquent dans ces grands rendez-vous. C’est comme cela que le football féminin béninois pourra se développer. C’est vrai, les lourdes défaites ont surpris, voire incommodé tout le monde. Le plus important était de se qualifier, et de faire parler du Bénin au plan mondial. Pour cette première participation, l’expérience a été très difficile. Le Bénin s’est retrouvé dans un groupe d’habituées de la compétition. Le Mexique et l’Argentine sont de grosses pointures. Même la Pologne, hôte du tournoi, a une avance certaine sur notre pays en matière de football féminin. Avec le premier nul face au Mexique (2-2), nos Amazones U20 se sont certainement vues trop belles. Mais rapidement, elles ont été confrontées aux réalités du haut niveau mondial. Les vraies difficultés ont été surtout au plan défensif. Il se pose un problème de bonne formation. Nos filles viennent de commencer. Il faut poursuivre avec le travail, et les choses vont s’améliorer. Elles ont fait avec leurs armes, cela n’a pas suffi. Ce qui explique également le nombre impressionnant de buts encaissés. Espérons que celles qui se sont révélées trouvent de bons clubs pour s’améliorer, afin de revenir renforcer nos sélections nationales. Toutefois, l’attaque des Amazones U20 a donné satisfaction. Surtout avec Romaine Gandonou, qui a prouvé ses grandes quantités de buteuse. Pendant les qualifications, elle a fini meilleure buteuse au plan mondial. Ce qui lui a permis d’aller visiter les installations du Paris Saint-Germain, l’un des plus grands clubs féminins français. Au cours de la phase de préparation, elle a marqué beaucoup de buts. Au Mondial polonais, Romaine Gandonou a inscrit trois buts en trois matchs. Cependant, le secteur défensif doit être revu et amélioré. Il faut donc faire de la détection, et travailler en profondeur. Il faut mettre l’accent sur les championnats de catégories d’âge. De même, il est important d’améliorer le championnat national féminin senior, en le jouant de façon linéaire. Ceci permettra aux joueuses d’avoir plus de compétitions dans les jambes. La dernière sortie de l’équipe championne du Bénin (Dynamique FC d’Abomey-Calavi, ndlr) a été une débâcle, en Ligue africaine des Championnes au Burkina Faso. Nous devons donc travailler et être régulier dans les grandes compétitions africaines et mondiales, toutes catégories confondues. Ainsi, nos filles auront l’opportunité de côtoyer de grandes joueuses, elles vont gagner en expérience, et permettre au Bénin de devenir progressivement une nation respectable de football féminin.

Appolinaire Golou, journaliste sportif, DP L »Investigateur

« La Gandonou-dépendance a montré ses limites »

Du point de vue comptable, cette participation est un bien pour le Bénin, en terme de visibilité. Cela remonte à 21 ans que notre pays s’est retrouvé à une phase finale de coupe du monde de football. Je fais référence à « Hollande 2005 » qui a connu la participation des garçons U20 du Bénin. C’est une bonne chose pour les filles. Tout le monde veut y aller, mais seules, les plus méritantes sont élues. Quoiqu’on dise, c’est une belle participation. C’est vrai, il y a eu la déculottée face à l’Argentine. Pour avoir remonté deux buts devant le Mexique lors du premier match, les Amazones U20 ont certainement versé dans le triomphalisme, puis sont surprises par l’Argentine qui reste une belle référence mondiale en matière de football féminin. Il a peut-être échappé au Staff technique que nous étions dans le même groupe que la Pologne, pays hôte du tournoi. Il fallait bien négocier les deux premiers matchs, prendre six ou quatre points, avant la dernière rencontre. Ce qui n’est pas arrivé. Or, on pouvait créer la surprise comme le Cap-Vert au dernier Mondial masculin, ou le Danemark à l’Euro 92. Malheureusement, la Romaine Gandonou dépendance a montré ses limites. Il est donc impératif de travailler sur la complémentarité, afin d’éviter ce qui nous est arrivé en Pologne. Toutefois, il y a eu des satisfactions. Quand on entend les noms tels que Honfo, Ogoudaré, Soukou, Saïzonou, Gandonou, Lokossou etc., on sait que c’est authentiquement béninois. Contrairement à un passé récent où communiquer simplement entre elles était compliqué, compte tenu de l’origine des joueuses d’emprunt. Cette époque est révolue, et on peut s’en réjouir. Il faut poursuivre le travail et éviter le favoritisme, comme il se chuchote ça et là. On ne doit pas revenir et dormir sur les lauriers. Il faut viser plusieurs autres participations, et non attendre encore deux décennies pour y arriver.

Source : Presse du Jour 

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