L’ancien président de l’Assemblée nationale, Bruno Amoussou, a récemment levé le voile sur le parcours de l’ancien député et homme d’affaires Séfou Fagbohoun. C’était à Pobè, à l’occasion de la prière du huitième jour de décès du patriarche.
Comment Séfou Fagbohoun est-il devenu l’un des opérateurs économiques les plus en vue du Bénin ? La question revient depuis des années. Beaucoup l’avaient connu comme chauffeur de taxi. Son ascension rapide a nourri toutes sortes de rumeurs, jusqu’à laisser penser qu’elle relevait de pratiques occultes.
Face aux proches, alliés et personnalités politiques réunis, Bruno Amoussou, surnommé le « Renard de Djacotomey », a choisi de rétablir les faits.
« J’ai connu Fagbohoun chauffeur. Il conduisait les fournisseurs qui arrivent dans les hôtels. Il garait sa voiture là, une Renault 12 sur laquelle il a écrit “LS Fagbohou“. Et quand les fournisseurs arrivaient, il les conduisait dans la ville de Cotonou », a commencé Bruno Amoussou.
Selon le récit de l’ancien président de l’Assemblée nationale, dans l’exercice de ses fonctions de conducteur qu’un fournisseur hollandais a un jour sollicité Fagbohoun pour l’aider à trouver des débouchés locaux. Or, ce dernier entretenait déjà une relation de confiance avec Bruno Amoussou, à l’époque à la Société Dahoméenne de Banque. Un rendez-vous a donc été organisé. Le fournisseur étranger cherchait en effet des partenaires crédibles pour l’accompagner. Fagbohoun, lui, a proposé de porter lui-même le projet.
Ce premier contrat, obtenu grâce à la mise en relation et à la carte de visite du partenaire hollandais, a marqué un tournant dans sa vie.
La panacée
Selon les informations, le contexte économique du moment a joué un rôle décisif dans ce positionnement stratégique de Séfou Fagbohoun. A l’époque, le gouvernement nigérien venait de prendre des mesures en faveur des fonctionnaires. La demande pour certains produits de grande consommation a explosé. Fagbohoun a su se positionner et répondre à ce besoin. C’est cette opération, conclue dans des conditions particulièrement favorables, qui lui a permis d’accumuler un premier capital important.
Cette réussite soudaine n’est pas passée inaperçue. Dans l’opinion, certains ont associé la rapidité de son enrichissement à des sacrifices humains. Bruno Amoussou a tenu à démentir catégoriquement. Il a rappelé s’être déjà exprimé sur le sujet, notamment à Pobè, à la demande du défunt. Son message est resté le même : Séfou Fagbohoun n’a tué personne. Il a bâti sa fortune de manière légitime, en saisissant une opportunité commerciale au bon moment.
La Sonacop, l’autre ouverture
Quelques années plus tard, l’homme d’affaires a franchi un nouveau cap. Il y a un peu plus de 20 ans, il a décidé de répondre à l’appel d’offres pour la reprise de l’ex Sonacop, la société nationale de commercialisation des produits pétroliers. La procédure a été conduite sous l’autorité du professeur Albert Tévoédjrè, alors ministre du Plan. Au terme du processus, Fagbohoun a été déclaré adjudicataire.
La remise symbolique des clés de la Sonacop a eu lieu le 30 juin 1999. Cette acquisition a consolidé sa position dans le paysage économique national et a fait de lui une figure incontournable du secteur privé béninois.
Pour Bruno Amoussou, il était important de rappeler ce parcours devant la famille et les invités. Loin des légendes urbaines, l’histoire de Séfou Fagbohoun serait celle d’un chauffeur déterminé, qui a profité d’une rencontre, d’un contexte régional porteur et d’une bonne capacité à saisir les opportunités pour changer de statut.
En clôturant son intervention, l’ancien président de l’Assemblée nationale a insisté : la réussite de Fagbohoun ne repose sur aucun drame. Elle tient au travail, à des relations d’affaires et à une conjoncture qu’il a su exploiter. Un témoignage livré au cœur du deuil, pour que la mémoire du patriarche repose sur la vérité des faits.
Séfou Fagbohoun, faut-il le rappeler, est décédé à l’âge de 80 ans. A l’annonce de sa mort, plusieurs personnalités politiques de renom, à l’instar du Chef de l’Etat, Romuald Wadagni, lui ont rendu hommage.











