Gouvernement Wadagni : La république des hommes avant celle des monuments !

Dans un Bénin où la misère dispute encore à l’espérance le destin des plus humbles, où l’école peine parfois à offrir un toit décent au savoir, où l’insuffisance des soins transforme la maladie en condamnation sociale, où une jeunesse désabusée cherche sous d’autres cieux l’avenir que sa patrie peine à lui promettre, tandis que certains…

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Dans un Bénin où la misère dispute encore à l’espérance le destin des plus humbles, où l’école peine parfois à offrir un toit décent au savoir, où l’insuffisance des soins transforme la maladie en condamnation sociale, où une jeunesse désabusée cherche sous d’autres cieux l’avenir que sa patrie peine à lui promettre, tandis que certains privilèges institutionnels semblent narguer l’indigence populaire, l’urgence sociale n’est plus une simple option de gouvernance : elle est une sommation de l’histoire, une exigence de justice et un impératif catégorique de la conscience républicaine.

 

C’est à l’aune de cette urgence que prend tout son sens l’ambition sociale affichée par Romuald Wadagni : substituer à la République des grandeurs ostentatoires celle des dignités restaurées, faire descendre la prospérité des hauteurs de la statistique jusque dans l’humble quotidien des citoyens et rappeler qu’une nation ne s’élève véritablement que lorsqu’elle cesse de laisser ses plus vulnérables au pied de l’édifice.

 

Depuis que le Mbuéké, cette aurore dont la langue mina sait si joliment nommer les premières lueurs, s’est levé sur le Bénin en mai dernier, une nouvelle philosophie de l’action publique semble prendre corps sous la présidence de Romuald Wadagni : faire du progrès non plus seulement une conquête de l’espace, mais une victoire sur les précarités humaines, et substituer à la seule majesté des édifices la noblesse plus exigeante d’une République attentive à ceux qui l’habitent.

 

Que les amateurs de statues monumentales, de piédestaux vertigineux et de bronze promis à l’éternité prennent donc leur mal en patience : à en juger par ses premières orientations, le nouveau régime paraît moins pressé d’immortaliser les grands hommes dans le marbre que de permettre aux petites gens de vivre dignement sur la terre ferme !

 

Il s’esquisse ainsi une conception singulièrement humaine de la puissance publique, celle d’un État qui, à l’image de ce modeste mais indispensable « service à la population » que connaissent nos mairies, entendrait faire de la République tout entière un immense guichet de dignité, un atelier de solidarité et un chantier permanent d’élévation de la condition humaine, où chaque pierre apportée à l’édifice national trouverait sa justification dans le mieux-être du citoyen.

 

Le projet de budget 2027, actuellement soumis à l’examen de l’Assemblée nationale, donne une première mesure de cette ambition : 4.757 milliards de francs CFA, en progression de 14,7 %, dont quelque 1.597,5 milliards consacrés aux dépenses à sensibilité sociale, contre 1.285,37 milliards en 2026, soit un effort supplémentaire de plus de 312 milliards dont l’ampleur, en valeur absolue, mérite d’être soulignée, même si la véritable éloquence des chiffres se mesurera, demain, à leur traduction dans la vie quotidienne des populations.

 

ARCH et GBESSOKÉ

 

Et quelle traduction pourrait être plus éloquente que celle d’une République résolue à livrer bataille à l’extrême pauvreté, à élargir les filets de protection sociale, à généraliser progressivement l’assurance maladie, à renforcer l’ARCH et GBESSOKÉ, à multiplier les cantines scolaires, à soutenir la scolarisation des filles, à revaloriser les bourses, à ouvrir aux jeunes les portes de l’insertion professionnelle et à désenclaver ces campagnes où, trop souvent encore, le développement arrive avec la ponctualité d’un courrier égaré ?

 

De la réintégration des Aspirants au métier d’enseignant aux facilités d’établissement des actes de naissance, des initiatives de transport universitaire à l’amélioration de l’alimentation scolaire, de la lutte contre le paludisme aux investissements hospitaliers, c’est tout un maillage de solidarités concrètes qui se dessine, avec cette conviction qu’une nation véritablement prospère ne saurait se satisfaire de produire davantage de richesses sans s’employer, avec une égale ardeur, à réduire le nombre de ceux qui en demeurent exclus.

 

Le Conseil des ministres du 7 octobre dernier en a livré une illustration particulièrement expressive en assouplissant les conditions d’accès et d’acquisition des logements sociaux et économiques, jusque-là confrontés à des difficultés de commercialisation, comme pour rappeler qu’en matière de politique sociale, la véritable réussite ne consiste pas à construire des maisons que l’on contemple, mais à ouvrir des portes derrière lesquelles des familles peuvent enfin bâtir leur bonheur.

 

Projet d’une liaison ferroviaire

à grande vitesse TGV

 

Mais voici qu’au milieu de cette effervescence sociale surgit une perspective autrement spectaculaire, presque une revanche de l’histoire sur un silence devenu assourdissant : le retour annoncé du chemin de fer, avec le projet d’une liaison ferroviaire à grande vitesse reliant Cotonou à la frontière du Nigéria, via Porto-Novo, infrastructure qui, selon les informations dont nous disposons, ne figure pas au budget 2027 mais serait envisagée à l’horizon du septennat présidentiel, sous réserve de sa confirmation officielle et des études techniques indispensables à sa réalisation.

Car enfin, dans ce Bénin où les routes se sont multipliées, où les échangeurs ont fleuri et où les grands corridors ont progressivement redessiné la géographie des déplacements, le rail demeure cet illustre absent du banquet de la modernité, cette vieille promesse endormie sous la poussière des traverses, tandis que les voyageurs continuent de négocier quotidiennement avec les embouteillages, les lenteurs et les caprices d’une circulation qui semble parfois avoir fait de l’immobilité une discipline olympique !

 

Imaginez donc Cotonou, Porto-Novo et la frontière nigériane reliées par un train rapide, les distances apprivoisées, les heures arrachées aux encombrements routiers, les travailleurs rapprochés de leurs emplois, les étudiants de leurs universités, les commerçants de leurs marchés et les territoires de leurs opportunités : ce ne serait plus seulement une révolution des transports, mais une nouvelle manière de distribuer le temps, la mobilité et les chances de prospérité entre les citoyens.

 

Au-delà de la prouesse technique, ce projet pourrait constituer un formidable levier d’intégration économique et territoriale, permettant au Bénin de rejoindre, avec ses propres ambitions et ses exigences de performance, le mouvement de renaissance ferroviaire engagé notamment au Sénégal, au Nigéria et en Guinée, et pourquoi pas de faire mieux encore, en démontrant que la véritable grande vitesse n’est pas seulement celle des locomotives, mais celle avec laquelle une nation sait rapprocher ses populations des fruits du développement.

 

Cette perspective ne signifierait nullement l’abandon des grands travaux déjà engagés ou financièrement sécurisés, notamment le corridor reliant Hillacondji à Sèmè-Kraké et le grand contournement de Cotonou, mais pourrait consacrer une inflexion dans la hiérarchie des investissements publics : moins de gigantisme pour le seul prestige, davantage d’ouvrages utiles à la vie quotidienne, comme si le gouvernement entendait désormais réserver ses plus beaux coups de truelle aux fondations invisibles mais essentielles de la justice sociale.

 

Reste, bien entendu, à résoudre la redoutable quadrature du cercle budgétaire : financer cette montée en puissance du social sans relever les taux d’imposition ni inventer de nouveaux prélèvements, tout en préservant le pouvoir d’achat des ménages et la compétitivité des entreprises, pari qui suppose une administration fiscale modernisée, une assiette mieux maîtrisée, des dépenses publiques rigoureusement arbitrées et cette discipline de gestion sans laquelle les plus généreuses ambitions finissent quelquefois par emprunter, à crédit, le chemin des désillusions.

 

Et si, finalement, la véritable signature du septennat Wadagni devait se lire moins dans la hauteur des monuments que dans le recul de la misère, moins dans l’éclat des façades que dans la lumière retrouvée des foyers, moins dans le nombre des rubans coupés que dans celui des destins relevés, alors le Mbuéké de mai dernier pourrait bien annoncer davantage qu’une alternance de méthode : l’avènement d’une République où le progrès ne laisserait personne sur le quai, où chaque citoyen aurait sa place dans le grand voyage national et où, de pierre en pierre, la solidarité deviendrait enfin la plus belle architecture du développement !

 

François Comlan

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