Huile de palme : l’Afrique importe près de 8,2 milliards de dollars en 2025

L’Afrique cherche à développer sa production d’huile de palme, mais reste fortement dépendante des importations pour satisfaire ses besoins. Pour répondre à cette situation, plusieurs pays du continent se rapprochent de l’Indonésie, premier producteur mondial, afin de bénéficier de son expérience dans la culture du palmier à huile, la formation des producteurs et la transformation…

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L’Afrique cherche à développer sa production d’huile de palme, mais reste fortement dépendante des importations pour satisfaire ses besoins. Pour répondre à cette situation, plusieurs pays du continent se rapprochent de l’Indonésie, premier producteur mondial, afin de bénéficier de son expérience dans la culture du palmier à huile, la formation des producteurs et la transformation industrielle. La Guinée, le Sénégal, la Tanzanie, le Nigeria et le Kenya font partie des pays engagés dans cette dynamique.
Selon une information publiée par l’Agence Ecofin, la coopération entre Jakarta et plusieurs États africains prend de l’ampleur, notamment à travers des projets de développement des plantations et des échanges de compétences. Ces rapprochements présentent un intérêt pour les pays africains qui veulent accroître leur production locale, mais aussi pour l’Indonésie, qui cherche à élargir ses débouchés commerciaux sur le continent.

L’importance de l’Indonésie dans le secteur mondial de l’huile de palme, explique l’intérêt que lui portent les gouvernements africains. Selon les prévisions du département américain de l’Agriculture (USDA), le pays asiatique devrait produire environ 46,7 millions de tonnes durant la campagne 2025-2026. Il conserve également sa place de premier exportateur mondial, avec des ventes à l’étranger proches de 24 millions de tonnes en moyenne entre les campagnes 2022-2023 et 2025-2026. Cette position repose sur plusieurs décennies de développement de la filière. L’Indonésie dispose d’une expérience dans la gestion des plantations, l’organisation des producteurs et la transformation industrielle des récoltes. Autant de compétences que les pays africains souhaitent mobiliser pour améliorer leurs propres performances.

La coopération envisagée ne se limite donc pas à la fourniture d’huile de palme. Elle peut également concerner l’accès à de nouvelles variétés de plants, l’amélioration des méthodes de culture, la formation des producteurs et le développement des capacités de transformation sur place. L’objectif est de renforcer progressivement les différentes étapes de la filière.

La Guinée engage des discussions avec le groupe indonésien Bakrie

La Guinée constitue l’un des exemples récents de ce rapprochement. Le 3 octobre, les autorités guinéennes ont entamé des discussions avec une délégation du conglomérat indonésien Bakrie, conduite par l’ambassadeur d’Indonésie dans le pays. Les échanges portent sur les possibilités de développer la filière du palmier à huile.
D’après le ministère guinéen de l’Agriculture, le projet de coopération repose sur une approche intégrée, après la réalisation des études nécessaires. Celle-ci prévoit notamment la recherche de variétés adaptées, la création de nouvelles plantations et la réhabilitation des anciennes. Elle comprend aussi l’accompagnement des producteurs, le transfert de compétences, la transformation industrielle et la valorisation des sous-produits.
Les discussions doivent déboucher sur de nouvelles étapes de travail en vue d’un accord officiel entre les parties. Le ministère guinéen a indiqué qu’un protocole d’entente conjoint devrait formaliser ce partenariat.

La Guinée n’est pas le seul pays à vouloir bénéficier de l’expérience indonésienne. En septembre 2026, le Sénégal a annoncé un projet visant à développer 60 000 hectares de plantations avec l’appui de l’Indonésie. Cette initiative s’inscrit dans la volonté d’accroître les capacités de production locales.

En Tanzanie, une coopération a été engagée en 2025 avec l’Association indonésienne de l’huile de palme (GAKPI). Les autorités tanzaniennes cherchent notamment à bénéficier de formations, d’un accompagnement technique et d’un transfert de compétences pour développer les plantations.

Le Nigeria, premier producteur africain d’huile de palme, a également établi des liens avec cette organisation. Un protocole d’accord conclu en 2024 entre des producteurs nigérians et la GAPKI prévoit un partage de connaissances et de technologies afin d’améliorer la productivité de la filière.

Au Kenya, des discussions avaient été annoncées dès juillet 2023 pour développer à grande échelle la culture du palmier à huile, du tournesol et du soja dans huit comtés. Ces différentes initiatives montrent que l’intérêt pour l’expertise indonésienne s’étend à plusieurs régions du continent.

Une dépendance aux importations qui reste importante

Malgré les efforts engagés pour renforcer la production locale, les besoins africains en huile de palme demeurent élevés. Selon les données de Trade Map, la Guinée, le Sénégal, le Nigeria, la Tanzanie et le Kenya ont importé ensemble près de 1,9 milliard de dollars de cette denrée en 2025.
À l’échelle du continent, la facture des importations a atteint environ 8,2 milliards de dollars la même année. Ces chiffres illustrent l’importance du marché africain et les difficultés rencontrées par les pays qui cherchent à satisfaire leur demande grâce à leur propre production.

Pour ces États, le développement des plantations et des unités de transformation pourrait contribuer à mieux répondre aux besoins locaux. Toutefois, les résultats dépendront de la mise en œuvre des projets annoncés et de leur capacité à renforcer durablement les différentes composantes de la filière.

Les partenariats agricoles avec l’Afrique s’inscrivent dans une stratégie commerciale plus large de l’Indonésie. Le 28 septembre 2026, à Jakarta, le pays a lancé la deuxième édition du programme de coopération Sud-Sud et triangulaire (SSTC), consacré à la promotion du commerce et des investissements avec plusieurs États africains.
Mis en place avec l’appui de l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA), le programme rassemble 14 responsables publics issus de six pays africains, dont l’Éthiopie, le Mozambique, la Tanzanie et le Rwanda.

Les travaux portent notamment sur la promotion des exportations, la facilitation des échanges commerciaux, le commerce numérique, l’internationalisation des petites et moyennes entreprises ainsi que la promotion des investissements. Le ministère indonésien du Commerce présente cette initiative comme un moyen de consolider les relations économiques avec l’Afrique et de faire évoluer les partenariats vers une coopération « plus stratégique et plus complète ».

Même si ce programme ne concerne pas uniquement l’huile de palme, cette denrée occupe déjà une place importante dans les échanges entre l’Indonésie et le continent africain
Les données de Trade Map indiquent que l’Indonésie a exporté environ 3,9 milliards de dollars d’huile de palme vers l’Afrique en 2025. Ces ventes représentent 16 % de ses exportations mondiales du produit.

Pour Jakarta, le continent constitue donc un débouché commercial déjà important, avec des possibilités de développement liées à la demande africaine. Pour les pays importateurs, les partenariats avec l’Indonésie peuvent offrir un accès à des compétences et à des technologies utiles au développement de leur propre filière.
Reste à savoir si les accords en préparation permettront aux pays africains de produire davantage et de réduire progressivement leurs achats à l’étranger. L’enjeu sera de transformer les annonces de coopération en résultats concrets pour les producteurs, les entreprises de transformation et les marchés locaux.

 

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