La Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet) a officiellement lancé sa rentrée judiciaire 2026-2027, le lundi 12 octobre 2026. A l’occasion, le Procureur spécial de la juridiction spéciale Mario Metonou a réagi aux commentaires suscités par le thème de la nouvelle rentrée judiciaire.
Dans un communiqué en date du 09 octobre 2026, la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet) a annoncé le thème de sa rentrée judiciaire 2026-2027 : « Humaniser la justice pénale : entre protection des droits humains et efficacité répressive. »
Cette annone avait suscité des réactions mitigées au sein de l’opinion publique nationale. En effet, créée en juillet 2018, en plein régime de la rupture, la Criet a été pensée comme une réponse aux défis de la criminalité économique et du terrorisme. Sa mission est d’offrir une juridiction spécialisée et efficace pour traiter ces infractions complexes.
Mais au fil des années, la juridiction a acquis une toute réputation en raison de la sévérité de ses peines d’emprisonnement. En janvier 2025, elle a condamné à 20 ans de prison ferme l’homme d’affaires Olivier Boko, ancien proche du Président Patrice Talon, pour complot contre l’autorité de l’État. Même peine pour l’ex-ministre des sports Oswald Homéky. Des peines lourdes qui lui valent d’être perçue par une partie l’opinion publique et certains observateurs comme une juridiction « politique », répressive et inhumaine.
Une telle lecture, n’a pas laissé indifférent Mario Metonou. Ce lundi 12 octobre, le Procureur Spécial près la Criet a ouvert son allocution par une phrase percutante : « Monsieur le Président de la CRIET, vous êtes un provocateur ! ».
Il poursuit : « Vous êtes un provocateur parce qu’au bout de la lorgnette quelque peu déformée de plusieurs observateurs de la justice béninoise, le Procureur spécial près la CRIET ne se sait requérir que vingt ans d’emprisonnent ferme. Demander à ce personnage de prendre des réquisitions sur l’humanisation de la justice pénale semble relever à tous égards de la provocation. C’est ce qui en tout cas ressort de quelques commentaires que j’ai lu, ci et là depuis l’annonce du thème de cette rentrée judiciaire ».
« Nous serons intraitables »
Tout en reconnaissant le paradoxe qui entoure la Criet, Mario Metonou précise qu’en sept années d’existence, la juridiction n’a pourtant jamais été autant sollicitée. Les chiffres en témoignent. Le nombre de plaintes directes est passé de 3067 en 2024-2025 à 3849 pour l’année écoulée, soit une hausse de 25,5%.
Pour le procureur, face à la grande corruption, à la cybercriminalité et au terrorisme qui menace le nord du pays, la Criet reste le rempart de la République contre l’impunité. Son efficacité est, selon lui, l’ancre qui retient la société face au chaos. Il met toutefois en garde contre une justice devenue mécanique, où les destins seraient réduits à des statistiques.
Le défi de cette année ne sera pas de choisir entre laxisme et terreur, a-t-il insisté. Il prône la voie de la proportionnalité : « Nous serons intraitables, inflexibles, féroces s’il le faut, contre ceux qui pillent la fortune publique ou pactisent avec la terreur. Nous ne ferons aucune concession aux prédateurs sexuels qui s’attaquent à l’innocence de nos enfants. Mais nous serons en même temps les premières sentinelles à nous dresser contre l’arbitraire de la procédure », a-t-il déclaré.











