Au cours des grands rendez-vous de football en Afrique et dans le monde, selon le constat depuis des années, les joueurs sortent du tunnel en tenant la main aux enfants. Un geste qui paraît anodin mais derrière cette tradition de début de match se cache une histoire incroyable.
Pendant 45 secondes, les enfants sont en contact avec les 22 acteurs avant les cérémonials protocolaires qui précèdent le coup d’envoi du match. En effet, deux rangs se forment dans le tunnel où chaque titulaire serre la main d’un enfant de 6 à 10 ans dans un stade bouillant. Ce rituel appelé « player Escorts » ou « Child mascots », par les anglais à un sens pertinent. D’abord, tout débute en 1998 avec la première signature de partenariat entre la Fédération internationale de football association (FIFA) et l’Unicef pour défendre le droit de l’enfant. Et donc, l’objectif était de rappeler que le football est en premier, un sport d’enfant. Ensuite, le déclic a lieu à l’Euro 2000 où le hooliganisme anglais était à son summum avec les insultes et les bagarres qui s’observaient. Pour atténuer ces tensions, l’Union européenne de football association (Uefa) fait recours à un coupe-feu émotionnel. Elle a donc eu l’idée de faire entrer les joueurs avec des enfants sur le terrain. Le message est clair : « calmez-vous, des millions d’enfants vous regardent. Soyez des exemples », envoyé aux 60000 supporters. Le remède tient donc son effet et la tension retombe. Enfin, la FIFA généralise le dispositif et le rend obligatoire pour la Coupe du Monde 2002 au Japon et en Corée du Sud et la tradition prend forme.
Des années plus tard, le rituel symbolique devient…
Depuis 2002, le géant américain McDonald’s marchande l’exclusivité mondial du programme « McDonad’s Player Escort ». D’après les contrats FIFA, ce droit se négocie autour de 20 millions de dollars en échange de son logo flanqué sur le t-shirt de chaque enfant devant un milliards de téléspectateurs. Par contre, pour les clubs, c’est une autre manne. Dans les grands championnats en Europe, être « mascotte » n’est plus un tirage au sort des écoles de foot, mais un produit VIP. Entrer avec son idole se vend entre 400 et 700 euros. Il comprend le maillot, la rencontre avec les joueurs et la photo officielle. C’est également une façon de financer les académies. Par contre, au Bénin et dans beaucoup de pays africains, la logique est purement sociale. Ce sont souvent des enfants des centres de formation, des écoles publiques ou d’orphelinats qui sont priorisés.
Un geste et son coté psychologique
D’après les études menées par les psychologues de l’UEFA, un joueur qui tient la main d’un enfant de 7 ans qui tremble d’émotion voit son taux d’agressivité chuter instantanément. Il ne peut pas, 30 secondes plus tard, insulter l’arbitre ou réaliser un mauvais geste. L’enfant agit donc comme un régulateur émotionnel. Aussi, selon les statistiques, lors des compétitions avec ‘’escort kids’’, le nombre de biscottes dans les dix premières minutes chute de près de 15%.
En définitive, cet enfant n’est pas un décoratif, il est à la fois un symbole de l’UNICEF, un panneau publicitaire pour un sponsor et une thérapie pour 22 professionnels sous pression. Désormais sachez que ce geste de 45 secondes résume à lui seul tout ce que le sport moderne est devenu.
Watson SAMA











