Gouvernance sous Wadagni : les ministres conseillers nommés sous Talon en sursis ?

Malgré la continuité proclamée urbi et orbi, des faits tangibles dissocient la gouvernance du président Romuald Wadagni de celle de son prédécesseur Patrice Talon. A voir de près les premiers signaux, il y a lieu de se demander si l’actuel locataire de la Marina va travailler avec les ministres conseillers nommés par son prédécesseur.  …

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Les ministres conseillers en sursis

Malgré la continuité proclamée urbi et orbi, des faits tangibles dissocient la gouvernance du président Romuald Wadagni de celle de son prédécesseur Patrice Talon. A voir de près les premiers signaux, il y a lieu de se demander si l’actuel locataire de la Marina va travailler avec les ministres conseillers nommés par son prédécesseur.

 

« Romuald Wadagni n’est pas Patrice Talon », a déclaré aux médias, il y a quelques jours, le ministre porte-parole du gouvernement, Wilfried Houngbédji. À l’évidence, il va de soi qu’à quelques exceptions près, la gouvernance de l’ex-ministre des finances tranche avec celle de son ancien mentor Patrice Talon. Alors, Romuald Wadagni va-t-il continuer à travailler avec les ministres conseillers ?

La question agite le landerneau politique béninois près de deux semaines après l’investiture du nouveau président de la République.

En effet, par le décret n° 2024-1414 du 11 décembre 2024, portant nomination des ministres conseillers à la Présidence de la République, l’ancien président Patrice Talon avait nommé douze (12) ministres conseillers avec des missions précises. Entre autres, renforcer l’efficacité de l’action gouvernementale ; agir comme un pont entre l’exécutif et la base politique, tout en consolidant les assises électorales de la mouvance présidentielle ; suivre les projets et superviser la mise en œuvre des réformes, programmes et initiatives gouvernementales, notamment le Programme d’action du gouvernement (PAG), en coordination avec les ministères sectoriels ; participer à la préparation des arbitrages et des dossiers soumis au Conseil des ministres ; travailler à consolider l’ancrage politique du gouvernement, etc. Or, plus de deux ans après leur nomination, le cours normal des choses, semble-t-il, a changé. Question : à quelle sauce seront-ils mangés désormais ?

Beaucoup d’eau a coulé sous le pont

D’une part, la Constitution béninoise modifiée par la loi n° 2025-20 du 17 décembre 2025 instaure une trêve politique interdisant la propagande permanente hors période électorale. Durant l’intervalle séparant deux années électorales, jusqu’à douze mois avant une nouvelle année électorale, les partis d’opposition sont tenus de faire des propositions constructives plutôt que de paralyser le pays.

 

Certes la mission dévolue aux ministres conseillers donne la garantie permanente aux titulaires d’être présents  sur le terrain via des actions politiques, mais l’application de la loi réduit leur champ d’action d’autre part. De surcroît, à l’avènement du nouveau régime, des gens parmi eux ont été appelés à d’autres fonctions. C’est le cas de leur coordonnateur d’alors, Janvier Yahouédéhou, devenu ministre de la décentralisation et de la gouvernance locale. En dehors de l’auteur du livre « Crépuscule d’un dictateur », Madame Claudine Prudencio, précédemment ministre conseillère à la Santé, a été élue députée au Parlement sur la liste de l’Union Progressiste le Renouveau (UP-R).

Paulin Akpona, ex-ministre conseiller aux affaires économiques, est quant à lui, élu député sur la liste du Bloc Républicain (BR). Sèdami Médégan Fagla, ex-ministre conseillère à l’enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, est la nouvelle ministre de l’enseignement supérieur et de la Recherche scientifique dans le gouvernement de Romuald Wadagni. L’ex-ministre conseiller aux Infrastructures, à la gouvernance locale et au cadre de vie, Monsieur Jacques Ayadji, a été nommé chargé de mission du président de la République aux affaires politiques en conseil des ministres du mercredi 3 juin dernier. Quant à Gilbert Déou Malé, ex-ministre conseiller à la justice et aux relations extérieures, il vient d’être nommé préfet du Littoral.

Logiquement, sur douze, six (06) ont été élus ou nommés à différents postes. Selon un expert anonyme, dès lors qu’il y a eu investiture le 24 mai dernier, le décret présidentiel consacrant leur nomination devient caduc. Continuent-ils de percevoir leurs émoluments ? À cette question, notre expert répond : « Ils peuvent percevoir les émoluments du mois de mai, mais pas ceux du mois de juin en cours. »

De plus, il estime que « les émoluments des ministres conseillers élus députés auraient été d’ores et déjà coupés si l’administration fait la veille ». Qu’à cela ne tienne ! La question prépondérante est la suivante : le président Romuald Wadagni a-t-il besoin de ministres conseillers ? Si oui, pourquoi malgré la « trêve politique » ? Dans le cas contraire, que deviendront l’ancien maire de Parakou, Rachidi Gbadamassi, et consorts non encore repêchés ou recasés ?

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