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Kadhafi : 10 ans du décès du guide, Moïse Kérékou prône le néo-panafricanisme

L’investigateur 22/10/2021 à 11:06

Le mercredi 20 octobre dernier, cela fait dix ans que le guide de la révolution libyenne Muammar Kadhafi est mort. Ce fut un moment pour les uns et les autres de lui rendre hommage pour son œuvre pour la renaissance de l’Afrique. Moïse Kérékou, panafricaniste de première heure qui a connu et rencontré à maintes reprises le guide, profite de cette occasion pour lancer le néo-panafricanisme qu’il propose en remplacement du panafricanisme classique. A un moment où l’idéal panafricain se meurt, Moïse Kérékou souhaite que le néo-panafricanisme soit une idéologie au même titre que le capitalisme, le marxisme et le socialisme et invite à « repenser » l’Afrique.

« Tel que nous le concevons, le nouveau panafricanisme est un programme élaboré, digne de l’intelligence africaine et tenant compte de nos réalités. Il vise l’Union à la base des fils du Continent et de la diaspora », affirme l’ambassadeur Kérékou.

. Dix ans après son décès, Dix ans déjà que le Frère Guide de la Révolution nous a quitté tragiquement, laissant la jeunesse africaine orpheline. Je voudrais honorer la mémoire de ce digne fils d’Afrique à travers un nouveau discours sur le Panafricanisme. Le discours actuel est ringard et obsolète. Il ne correspond plus au temps présent et n’éclaire plus. Il faut le remplacer.

LE NEO-PANAFRICANISME :

Le panafricanisme tel qu’il est conçu aujourd’hui n’est pas une idéologie. Mais plutôt un mouvement politique et culturel qui considère, les Africains et les descendants d’Africains notamment ceux de la diaspora, comme un seul ensemble visant à unifier l’Afrique, ainsi qu’à encourager sa renaissance et sa grandeur. Le panafricanisme a été à un moment donné une doctrine-opinion qui tient à développer l’unité et la solidarité africaines. Perçu de cette façon, il est synonyme d’intégration.

Si on tient à honorer la mémoire des Anciens et des Pères fondateurs de l’Afrique qui ont quand même sacrifié leur vie pour l’idéal panafricain, on pourrait dire, au mieux, que le Panafricanisme est une philosophie.
Une véritable idéologie politique à l’instar du capitalisme, du marxisme, du socialisme, basée sur la doctrine panafricaniste n’a pas pu voir le jour faute d’une réflexion scientifique. Les efforts des pionniers du panafricanisme tels que H. Sylvester Williams, Dr W.E.B. Du Bois, Marcus Garvey et George Padmore ont contribué certes pour beaucoup au développement de l’idée sans en faire une science et un programme à enseigner dans les écoles et dans les universités. Cependant, la base fut établie et les leaders politiques tels que Nkrumah, Nasser, Lumumba, Sankara, Mandela, Kadhafi, ont repris le relais. La suite est connue avec sa longue liste d’emprisonnements, d’assassinats, de meurtres et de crimes contre le peuple africain.

Aujourd’hui, l’idéal panafricain se meurt. À la place de l’unité, de la solidarité et de l’intégration d’autrefois s’installent la dépendance, l’extraversion et la désintégration. L’incapacité des pays africains à fixer les prix de leurs matières premières, l’usage d’une monnaie néo-coloniale et de monnaies non convertibles, les contraintes liées à l’endettement, le déséquilibre des termes d’échanges, etc. rendent l’économie africaine de moins en moins compétitive sur les marchés internationaux. Ce déséquilibre criard créé à dessein par des mains invisibles de la finance internationale contraint l’Afrique déjà dos au mur à courber encore l’échine et à faire génuflexions. Ces manœuvres honteuses, malsaines et inhumaines sans limites sont la preuve non équivoques que les puissances d’aujourd’hui n’hésiteraient pas, une seule seconde, à envahir à nouveau, les terres africaines et à commettre le même crime que celui perpétré jadis des siècles en arrière. Mais, cette fois-ci, l’opinion internationale aux aguets, sous une forme moderne et des dehors esthétiques. Une nouvelle colonisation symbolique par une tentative d’assassinat moral qui n’est pas moins criminel, donc pas moins condamnable, qu’un assassinat physique. On veut d’une Afrique sans les africains.

L’élite et les intellectuels africains, soutenus par la jeunesse africaine doivent être au clair que le panafricanisme est la seule voie de salut à l’heure actuelle. Le plus grand travail qui nous attend consiste à faire renaître avec l’énergie du désespoir la doctrine panafricaniste de ses cendres tel un phénix. Ensuite, il faut l’élever au rang d’idéologie scientifique à théoriser et à enseigner depuis l’école jusqu’à l’université, en passant par le collège. La théorie en sera « l’intégration économique » qui cadre bien avec la globalisation comme un fait irréversible. On peut déjà constater avec bonheur que le monde va de plus en plus vers l’intégration des peuples et des organisations. Des valeurs universelles se dégagent et sont de plus en plus partagées. La démocratie, la bonne gouvernance, les droits de l’homme, l’écologie, le développement deviennent des thèmes autour desquels les peuples de par le monde s’accordent pour le devenir de l’humanité. Telle est la bonne voie.

Alors que l’Europe, l’Amérique, l’Asie font chacun front unique et commun pour peser sur l’échiquier mondial, les pays africains semblent ne pas comprendre la nécessité et surtout l’urgence de parler d’une seule voix. En l’absence d’union et d’unité, c’est le mimétisme et les atermoiements qui ont prévalu.

Il est important de mentionner que le nouveau Panafricanisme que nous appelons de tous nos vœux et auquel nous devons aspirer de toutes nos forces n’est pas le panafricanisme ancien, quasi-obsolète, basé sur la méfiance, les discours incitant à la haine et les flots verbeux stériles. C’est du passé. Ce qui a encore cours ridiculement aujourd’hui dans certains pays de l’Amérique latine et de l’Asie ne doit pas servir d’exemple et de base à la nouvelle construction africaine. Non, ceci n’est pas la voie juste. Il va à l’encontre de l’humanisme universel. La preuve est que cette posture qu’affectionnent certains dirigeants et jeunes activistes ne nous conduit nulle part. Ce qu’ils n’arrivent pas à concevoir, c’est qu’on est à l’ère d’une guerre d’intelligence ; intelligence contre intelligence.

L’ancien discours panafricaniste et révolutionnaire qui attire encore malheureusement de nombreux jeunes, ébahis et blasés, comme des phalènes en quête de lumière, n’éclaire plus aujourd’hui. Il est révolu et doit être rangé dans les bibliothèques.

Ceci dit, le terrain sur lequel le néo-panafricanisme doit prendre forme est celui de l’organisation des idées. Tel que nous le concevons, le nouveau panafricanisme est un programme élaboré digne de l’intelligence africaine et tenant compte de nos réalités. Il vise l’union à la base des fils du Continent et de la diaspora. Cette diaspora forte de son savoir et de ses expériences, est encore malheureusement sous-exploitée. Pourtant, elle a un grand rôle à jouer. C’est pour cela que nous devons favorablement accueillir et soutenir fortement la nouvelle initiative de la Communauté de la Diaspora africaine (SOAD).

L’Afrique ne dispose pas de maquette de construction. Il faut la concevoir et la mettre en œuvre. Le point de départ pourrait être les communautés régionales. Il n’arriverait jamais à l’idée d’un architecte d’entamer une construction sans au préalable concevoir les plans et l’architecture de base. Ici, l’élaboration du model européen peut servir d’inspiration. En effet, il faut en amont des Institutions panafricaines chargées de la mise en œuvre des politiques, une université et des laboratoires tous dédiés à l’éclosion des idées et à la réflexion.

Par ailleurs, il faut aussi procéder à une restitution complète de nos valeurs culturelles, sources d’inspiration et de force, car aucun peuple ne peut se développer en portant le masque d’autrui. Les efforts de restitution de notre patrimoine culturel doivent être encouragés et poursuivis inlassablement.

Tout ceci revient à « REPENSER » l’Afrique.

Moïse Kérékou




 
 

 
 
 

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