Bénin

Intégralité de la lettre de Thérèse Waounwa à Frédéric Joël Aïvo

L’investigateur 2/03/2020 à 23:22

A travers une lettre très salée, adressée au président de l’Association béninoise du droit constitutionnel (Abdc) Frédéric Joël Aïvo, Thérèse Waounwa rappelle au bon souvenir des Béninois, la lutte acharnée menée en amont de l’avènement de la démocratie au Bénin. Pour elle, cette lutte a été menée par des travailleurs au prix du sang alors qu’aujourd’hui, ceux qui ont participé à l’enracinement de la dictature du Parti de la Révolution Populaire du Bénin (Prpb), se la revendiquent. Très critique, elle a visé des anciens proches de Feu Général Mathieu Kérékou dans sa lettre que voici

Cotonou, le 2 mars 2020
Thérèse WAOUNWA


LETTRE OUVERTE AU PROFESSEUR JOËL AÏVO

Monsieur le Professeur, j’ai suivi avec indignation et une grande tristesse pour notre peuple et surtout pour sa jeunesse, le Colloque que vous avez organisé à l’occasion des 30 ans de la Conférence Nationale.
Comme vous le savez, actuellement, notre peuple ploie sous la dictature de Patrice Talon ; les prisons se remplissent de plus belle ; les travailleurs sont chassés de leur travail, comme on l’a vu dernièrement avec les enseignants qui ont osé boycotter l’évaluation illégale organisée par le pouvoir ; les élections sont exclusives ou truquées comme cela se passait sous le PRPB. Ceci arrive alors qu’à la fin de la Conférence Nationale, le rapporteur général a déclaré que le peuple avait vaincu la fatalité.
Au lieu de vous poser la question à votre colloque de savoir pourquoi le pays est retourné à un pouvoir autocratique, vous allez ramasser les anciens collaborateurs de KEREKOU comme Robert DOSSOU et Pierre OSHO qui osent venir revendiquer la paternité des libertés que notre peuple a arrachées dans la douleur et le sang ; l’un disant que lui avait cette idée dans la tête depuis 1975, l’autre disant que c’est lui qui a soufflé l’idée de l’ouverture démocratique à KEREKOU en juillet 1989.
Vous avez parlé comme si l’histoire récente du Bénin a commencé avec la Conférence Nationale et que celle-ci est tombée du ciel. Vous avez fait l’impasse sur tout ce qui s’est passé, notamment les luttes des travailleurs, de la jeunesse, des paysans et même des démocrates, et qui a permis et nécessité comme palliatif pro-impérialiste la tenue de la Conférence nationale. Vous avez complètement passé en oubli les parrains connus et reconnus de ces luttes que furent le PCD et la Convention du Peuple. De la part d’un professeur d’université, un supposé éducateur de la jeunesse qui veut par surcroît faire œuvre scientifique, cela interpelle vraiment !
Toutes ces fadaises, débitées par des collaborateurs du dictateur Mathieu KEREKOU viennent illustrer l’orientation que vous avez donnée au Colloque lorsque vous magnifiez dans sa convocation la sagesse de Mathieu KEREKOU et de Mgr de SOUZA. Ces propos de vous et de ces laudateurs du dictateur sont non seulement une injure à la mémoire de tous ceux qui se sont sacrifiés pour la chute du pouvoir autocratique de KEREKOU, mais sont de puissantes armes de démobilisation du peuple et de la jeunesse qui peuvent se demander à quoi cela sert de lutter si des collaborateurs de l’autocrate peuvent lui chuchoter à l’oreille pour ramener la démocratie.

Une lutte acquise grâce à la volonté populaire

Du reste, tout le monde sait (mais les effaceurs de mémoire ne le disent pas) qu’après plus d’une décennie de luttes, de prisons, d’assassinats et d’évasions héroïques, la jeunesse, les travailleurs et les peuples avaient déjà conquis et géraient les libertés et prouvé au monde entier qu’au Bénin, la bravoure avait vaincu.
Tout le monde sait qu’en 1989, le peuple était au bord de jeter bas l’autocratie, son maitre, l’impérialisme français avec tous ses serviteurs et collaborateurs afin de leur faire payer cher le prix du sang versé, et instaurer un nouveau pouvoir respectueux de la volonté du peuple et de la souveraineté de la patrie. Tout le monde sait que face aux luttes impétueuses qui risquaient de remettre en cause ses intérêts, la Conférence Nationale a été dictée par la France pour court-circuiter le peuple en lutte et n’admettre que les libertés qui ne remettent pas en cause la politique de pillage, d’arbitraire et d’impunité favorable au maintien du pacte colonial. Continuer à raconter des histoires à dormir debout, c’est se montrer comme des agents stipendiés de la France et du pacte colonial qui fait que soixante ans après nos indépendances, nous continuons à parler la langue du colon, à utiliser sa monnaie, à avoir des expatriés à la tête de nos grandes unités de production, etc.

Maître Robert Dossou et Pierre Osho, mal placés selon elle

Que Robert DOSSOU et Pierre OSHO se disputent la paternité de ce complot, je les laisse faire les aveux publics des crimes commis contre le peuple. Ces personnes ne sont que de fidèles exécutants des directives de leurs maîtres impérialistes français.
. Lutter pour la démocratie aujourd’hui sans l’associer étroitement au patriotisme et à la lutte contre le pacte colonial est un leurre. Allez dans nos tribunaux, vous verrez que 60 ans après notre indépendance, les paysans ont toujours besoin d’un interprète dans leur propre pays pour s’adresser à leurs juges. Cette situation est à la base de beaucoup de drames car beaucoup de gens sont envoyés en prison parce que l’interprète à mal traduit ce qu’ils ont dit ou travesti la question posée par le juge. C’est là que vous verrez que l’égalité devant la justice est un leurre. Juste après la Conférence Nationale, la préoccupation du Renouveau, c’était de reprendre une à une les libertés conquises par le peuple. Depuis 2001 lors de la réélection frauduleuse de KEREKOU, le Renouveau Démocratique était terminé. Patrice Talon est venu parachever la tâche.
Voilà Professeur, les observations que j’avais à faire par rapport à votre colloque du week-end dernier. Pour finir, j’espère que, lorsque le peuple, par ces luttes, aura triomphé du dictateur Patrice TALON, vous ne viendrez pas nous dire que la démocratie est de retour parce que vous avez demandé à Sévérin QUENUM, le ministre de l’autocrate qui a ouvert votre colloque des 28 et 29 février 2020 et à Joseph DJOGBENOU, d’aller chuchoter à l’oreille de Talon.
Recevez monsieur le Professeur, mes salutations patriotiques.

Thérèse WAOUNWA



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