Côte d’Ivoire

Accusations de Ouattara contre Soro : « Quand le voleur crie au voleur »

L’investigateur 25/01/2020 à 10:21

L’activiste Chris Yapi a fait des révélations sur les fonds de souveraineté de Ouattara et les biens de son épouse Dominique en 10 ans, relatées par Yeclo. Des chiffres qui donnent le tournis alors le président de Côte d’Ivoire accuse son challenger, Guillaume Soro de détournement de deniers publics. C’est un peu comme le voleur qui crie au voleur.

Lire le mémorandum de Chris Yapi

Chers lecteurs
Depuis quelques semaines, la Côte d’Ivoire est secouée, voire suspendue par le mandat d’arrêt délivré contre Guillaume Soro. Tous ces tracas sont non seulement pour l’écarter de la compétition électorale de 2020, mais aussi pour suffisamment effrayer le président Bédié, afin qu’il se tienne à carreau. Je crois qu’à ce sujet, personne n’est dupe. Toutefois, cette entreprise initiée par M. Ouattara risque de mal se passer, au vu des derniers rebondissements.
Mais bon … Aujourd’hui, là n’est pas mon propos. Je veux dans mon billet du jour m’attarder sur la seconde accusation portée contre M. Soro, c’est-à-dire, celle de recel, de détournement de deniers publics et de blanchiment de capitaux.

En effet, Guillaume Soro aurait, en 2008, détourné 1.5 milliard de francs CFA pour l’acquisition de sa résidence de Marcory. Pas besoin de rentrer ici dans les arguments exposés par M. Soro lui-même. Ce qui m’intéresse, c’est l’autre versant de la question : comment les accusateurs d’aujourd’hui ont-ils, eux-mêmes, financé leurs acquisitions immobilières ?
1- En juin 1988, Dominique Nouvian a acheté comptant un appartement situé au 140, avenue Victor-Hugo au cœur du XVIe arrondissement de Paris pour la coquette somme de 8,62 millions de francs français (soit 1,31 million €). L’acte de vente reçu chez Me Jean-Michel Normand, l’un des notaires du « Vieux » à Paris, indiquait qu’elle était « sans profession ». Un montant très élevé pour une « chômeuse », alors que tout le monde sait que c’est elle qui gérait le patrimoine immobilier du président Houphouët et par extension, celui de l’État ivoirien. Rappelons que 3 ans plus tard, Dominique Nouvian convolait en justes noces avec Alassane Ouattara, Premier ministre de Côte d’Ivoire de l’époque.
Concernant ce quartier, le couple ne s’est pas arrêté là. Aujourd’hui, ils sont les heureux propriétaires de la quasi-totalité des biens immobiliers de l’avenue Victor-Hugo. Avec quel argent ont-ils fait toutes ces acquisitions ?

2- En septembre 1995, Dominique Ouattara se porte acquéreuse d’une propriété sise à Mougins, sur la Côte d’Azur, pour un montant de 6,5 millions de francs français (soit 990 918 €). Cette nouvelle résidence est mitoyenne à une autre que le président Houphouët lui avait déjà offerte. Ce nouveau bien lui appartenait en propre, puisqu’elle était mariée à Alassane Ouattara sous le régime de la séparation de biens.

Cependant, en juillet 2005, chez le même Me Jean-Michel Normand, elle cède « la moitié indivise de la propriété » à son époux. Pourquoi, avoir attendu 10 ans pour faire cette transaction ? D’ailleurs, le couple a investi des sommes colossales pour agrandir ces deux propriétés et les fusionner en une seule. D’où provenaient les 990 918 € qui ont servi à acheter cette propriété ? Comment ont-ils financé les travaux d’agrandissement et de fusionnement de ces deux propriétés ?

3- Alassane Ouattara avait entrepris des travaux somptuaires au Château Masseran, l’ancien hôtel particulier du Président Houphouët-Boigny, sis à Paris, rue Masseran (dans le 7e arrondissement), afin qu’il « devienne la maison d’accueil des Chefs d’État ivoiriens ». C’était son discours officiel à l’époque. Ces travaux, financés à même les caisses de l’État ivoirien, ont été réalisés par Bouygues construction, mais à quels coûts ?
Bizarrement, c’est M. et Mme Ouattara qui sont aujourd’hui les propriétaires de ce bien. M. Ouattara peut-il dire aux Ivoiriens par quels mécanismes il a vendu ce patrimoine de l’État de Côte d’Ivoire, puis racheté ?

4- Je vous passe les détails de la réhabilitation de la résidence des Ouattara, sise à la Riviera Golf, financée deux fois par l’État de Côte d’Ivoire, alors que la résidence du chef de l’État, sise à Cocody Ambassades, détruite pendant la guerre est restée en partie en ruine jusqu’à ce jour. Pourquoi abandonner le bien de l’État pour se faire financer deux fois de suite une résidence privée sur les fonds publics ?

5- Enfin, le couple Ouattara peut-il expliqué à leurs concitoyens comment ils ont spolié la veuve Marie-Thérèse Houphouët-Boigny et que cette dernière les avait poursuivi au tribunal ? Ils ont expressément envoyé l’actuel ministre des Affaires étrangères pour passer un deal avec la veuve Houphouët-Boigny, afin de calmer les choses. La négociation portait essentiellement sur le coût d’entretien mensuel de Mme Houphouët, avec une demeure, une voiture, un chauffeur, du personnel de maison et une rente viagère mensuelle. Elle a finalement retiré sa plainte en contrepartie.

6- Quant au notaire Me Jean-Michel Normand, présent dans la quasi-totalité de ces transactions, et très proche du couple Ouattara, il est l’un des rares à connaître l’étendue du patrimoine du « Vieux ». Très pratique n’est-ce pas ? ce dernier avait, également, été assigné en justice par Mme Thérèse Houphouët-Boigny. Rappelons qu’il a quand même été condamné pour « complicité d’abus de faiblesse » dans le cadre de l’affaire Bettencourt.

Devinettes :

1- D’où venait le 1,31 million € que Dominique Ouattara a utilisé pour payer son appartement du 140, avenue Victor-Hugo à Paris ? Comment le couple Ouattara a-t-il financé l’ensemble de leurs autres acquisitions de l’avenue Victor-Hugo ?
2- D’où provenaient les 990 918 € qui ont servi à acheter la résidence mitoyenne de Mougins ? Comment M. et Mme Ouattara ont-ils financé les travaux d’agrandissement et de fusionnement des deux propriétés ?
3- À combien le couple Ouattara s’est offert l’hôtel Masseran à Paris ? Combien ont coûté les travaux de rénovation et de réhabilitation dont le financement a été fait à même les deniers publics ?
4- Combien ont coûté les deux réhabilitations successives de la résidence privée des Ouattara sur les fonds publics ?
5- À combien s’élève le deal négocié par le ministre Amon Tanoh pour le retrait de la plainte de Mme Thérèse Houphouët-Boigny ?
6- À combien s’élève le budget de souveraineté de l’actuel Premier ministre Amadou Gon et quelle utilisation en fait-il ? Ce budget, si je ne m’abuse, est 4 fois plus élevé aujourd’hui que celui du temps de Guillaume Soro.

En conclusion, si on considère selon la Lettre du Continent que M. Ouattara jouit de 342.6 milliards de fonds de souveraineté, on s’entend qu’en 10 ans (2010-2020), il a engrangé 3 426 milliards de francs CFA (soit 5.23 milliards €), dont une bonne partie a dû être utilisée à des fins personnelles. Comparé au soi-disant détournement de 1.5 milliard de Guillaume Soro, que fera le Procureur Adou Richard, dans le cas de l’utilisation des fonds de souveraineté de M. Ouattara et M. Amadou Gon par eux-mêmes ? Alors de là à accuser M. Soro d’être un receleur, il faut le faire ! Je vous laisse juger par vous-même.




 
 

 
 
 

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